Empire latin – rappel historique

Les 12 et 13 avril 1204, les troupes de la quatrième croisade s’emparent de Constantinople qui est livrée au pillage, la population grecque y est massacrée.

Si le démembrement de l’Empire d’Orient était un processus qui durait déjà depuis longtemps, la portée et la gravité de cet événement et la création d’états latins constituent un tournant qui va caractériser l’avenir tourmenté de la région balkanique.

Le détournement de la croisade de son but officiel ne fut pas le fruit d’une improvisation mais doit être vu dans le cadre d’une stratégie politique sous-jacente. L’usurpation du trône d’Isaac l’Ange et de son fils Alexis à Constantinople par un haut fonctionnaire de la cour, Alexis V Doukas Murzuphle, et les désordres populaires ayant provoqué cette usurpation, avaient fourni l’occasion favorable pour une intervention directe des Croisés sous l’impulsion de Venise et avec l’aide de la flotte de celle-ci[1]. Au préalable, un traité – le Partitio terrarum imperii Romanie – avait été conclu entre le doge de Venise Enrico Dandolo et les chefs Croisés. Baudouin IX, comte de Flandre, fut couronné empereur de Constantinople. Thessalonique, érigée en royaume, fut prise par Boniface Ier de Monferrat. Simultanément furent créés la Principauté d’Archaïe et le Duché d’Athènes, ainsi que d’autres duchés dont celui de Naxos regroupant les îles Cyclades sous un Vénitien appartenant à la famille du doge Dandolo. Le patriarcat de Constantinople fut conféré également à un vénitien, Thomas Morosini.

De l’Empire grec, il ne reste que trois états indépendants après l’avortement de celui de Thrace qui n’a pas pu s’établir solidement : le Despotat d’Épire, l’Empire de Trébizonde au sud-est de la mer Noire et l’Empire de Nicée qui fut, sous l’Empire latin, le représentant principal de l’Empire byzantin. En parallèle, dans ce contexte de démembrement, la puissance bulgare se renforce et devient un acteur puissant dans la région.

Le premier coup dur pour l’Empire latin intervient une année environ après sa création : le 14 avril 1205, l’armée de Kalojan, tsar de Bulgarie entre 1197 et 1207, combat avec succès l’armée de la quatrième Croisade à Adrianopolis. L’empereur Baudouin est capturé et un mystère entoure son destin.

Le successeur de Michel Ier, fondateur du Despotat d’Épire, Théodore Comnène Doukas, entreprit dès 1215 d’agrandir son territoire. Il y parvint en 1224, en s’emparant d’un État latin, celui de Thessalonique. En 1230, Théodore décida d’attaquer la Bulgarie, espérant faire plier le tsar Jean II Asen qui lui barrait la route de Constantinople, mais il fut capturé lors de la bataille de Klokotnitca, puis emmené en captivité en Bulgarie et rendu aveugle par le tsar bulgare qui envahit alors la Thrace, la Macédoine et une partie de l’Épire. Le chef bulgare prit donc le contrôle de Thessalonique et en confia la régence au frère de Théodore, Manuel, qui continuera à porter le titre d’empereur en restant vassal du tsar bulgare. Théodore sera relâché en 1238 et reprendra le pouvoir de Thessalonique en installant son fils sur le trône, Jean Comnène Doukas.

L’empire de Nicée, lui, est fondé par Théodore Ier Lascaris (1204/5-1222). Celui-ci échoue dans ses efforts militaires et diplomatiques pour reprendre Constantinople, mais maintient vivante, dans sa capitale, la tradition impériale byzantine. En 1235, Jean III Doukas Vatatzès, empereur de Nicée, allié aux Bulgares d’Ivan Asen II, assiège sans succès Constantinople défendue par Jean de Brienne avec l’appui d’une escadre vénitienne, mais réussit à reconquérir la Thrace et la Macédoine. Jean III Vatatzès marcha sur Thessalonique et obligea Jean Comnène Doukas à reconnaître la souveraineté de l’empire de Nicée[2].

L’œuvre de Jean III Doukas Vatatzès ne sera pas achevée par son successeur Théodore II Lascaris, mort en 1258, mais par Michel VIII qui, en reprenant finalement la ville de Constantinople le 25 juillet 1261 à des Latins dont le pouvoir ne faisait que survivre péniblement depuis de longues années, reconstituera l’Empire byzantin de Constantinople et affirmera sa souveraineté également sur la Thessalie et le despote d’Épire. Mais cette vitalité retrouvée ne pourra que ralentir l’affaiblissement au cours des siècles suivants face à la progression turque.

Sur le plan économique et monétaire, après la prise de Constantinople en 1204, les trois états grecs indépendants n’ont plus les ressources financières équivalentes à celles de l’Empire byzantin du XIIème siècle. Le contenu de métal précieux décline donc dans la composition de la monnaie. Seul l’Empire de Nicée continue de frapper les dénominations antérieures à la prise de Constantinople mais l’électrum disparaît au profit de l’argent et le billon devient une monnaie de cuivre pur et perd donc tout contenu et toute apparence de l’argent. L’hyperpyron (environ 4,30 g et 75-50 % d’or) vaut donc 12 aspron trachy (environ 4,30 g et 95 % d’argent), qui lui, vaut 288 stamena (environ 4,30 g de cuivre), un stamenon valant 576 tétartèra. Par ailleurs, le tétartèron n’est frappé qu’en de très rares occasions.

Au sein de l’Empire latin, ne sont frappées que des imitations de stamena byzantins[3] et il n’existe pas de monnaies au nom des empereurs latins. En Achaïe (Clarentia) et dans le duché d’Athènes (Thèbes), on ne frappe que des petits deniers tournois. Ces derniers sont absents de notre trésor balkanique.

 

 

[1] Alexis Doukas s’échappa en Thrace et sera capturé en novembre par les Croisés commandés par le flamand Thierry de Loos et ensuite mis à mort à Constantinople.

[2] Il reprendra alors son titre traditionnel de « despote ».

[3] Les Latins ne semblent jamais avoir frappé de trachy d’argent mais le négociant florentin Pegolotti cite des peperi latini dans son manuel de commerce, La pratica della mercatura, ce qui indiquerait que des hyperpères d’imitation au nom de Jean II Comnène aient été frappée à un titre inférieur à ceux de Nicée, soit 16,5 carats au lieu de 18 (Morrisson & Papadopoulou 2006, p. 137).

Extrait de « un trésor balkanique… » par cédric Wolkow

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