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Aux origines de la littérature numismatique

    Temps de lecture : 15mn

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    L’accumulation de monnaies est née bien avant la collection et ne relève pas toujours de la thésaurisation….mais de la dévotion. Dès le VIe siècle av. J.-C., les temples grecs comme celui d’Artémis à Éphèse ou l’Apadana de Persépolis abritent des dépôts mêlant lingots et monnaies. Ces ensembles, souvent consacrés aux dieux, témoignent d’un usage symbolique de la monnaie, fragmentée ou marquée pour la soustraire définitivement à la circulation.

    Aureus d'Aurélien monté en bijoux

    Au cœur de l’Antiquité, certaines monnaies attirent l’attention pour autre chose que leur valeur numéraire : leur image, leur qualité de frappe, leur pouvoir d’évocation. Des monnaies d’or sont montés en bijoux, des reproductions de décadrachmes apparaissent sur des céramiques et des lampes romaines.

    Pline l’Ancien évoque ces curieux qui recherchent des pièces anciennes pour elles-mêmes ; Suétone rapporte qu’Auguste aimait recevoir des monnaies antiques en étrennes, et Macrobe décrit leur diffusion décorative lors des calendes.

    Ces objets ornementaux, parfois retirés de la sphère marchande, deviennent les premiers jalons d’un regard esthétique, puis historique, porté sur la monnaie.Ces objets ornementaux, parfois retirés de la sphère marchande, deviennent les premiers jalons d’un regard esthétique, puis historique, porté sur la monnaie.

    Sommaire

    1. Renaissance humaniste
    2. Le XVIIIe siècle : la méthode
    3. Le XIXe siècle : la numismatique devient encyclopédique
    4. Le XXe siècle : corpus, rigueur, exhaustivité
    5. La spécialisation contemporaine : un empereur, un corpus

    Renaissance humaniste : la monnaie devient source

    La monnaie fait l’objet de réflexions dès l’Antiquité : Pline l’Ancien, Suétone, Dion Cassius ou Macrobe évoquent les monnaies anciennes, leur usage, leur iconographie ou leur valeur. Mais ce n’est qu’à la Renaissance humaniste qu’émerge une démarche véritablement systématique, cherchant à comprendre les monnaies comme documents historiques et à les classer selon des critères rigoureux.

    Le premier à voir dans la monnaie autre chose qu’une curiosité, c’est Guillaume Budé. Dans De Asse et partibus eius ( « De l’As et de ses subdivisions », 1514), cet érudit français analyse le système monétaire romain avec une rigueur philologique inédite.

    Guillaume Budé, c. 1536 portrait par Jean Clouet

    Dans De Asse, Budé adopte une approche érudite et comparative : il tente de déterminer avec précision la valeur des pièces romaines et grecques et leurs relations, corrigeant de nombreuses idées reçues de son époque. Il corrige les erreurs, mesure les poids, et redonne aux pièces leur valeur relative dans l’économie antique.

    C’est la première œuvre imprimée de numismatique savante, saluée dans toute l’Europe comme fondatrice.

    Autre figure marquante, Charles du Cange (Charles du Fresne, sieur du Cange), est surtout connu comme éminent philologue médiéviste (auteur d’un grand Glossarium du latin médiéval), mais il fut aussi un historien byzantiniste notable.

    du cange

    Il publia une dissertation consacrée aux monnaies byzantines , intitulée De imperatorum Constantinopolitarum… numismatibus dissertatio («Dissertation sur les monnaies des empereurs de Constantinople»). Du Cange s’intéresse notamment aux monnaies des empereurs byzantins après Héraclius, une période jusque-là largement négligée par les érudits, car ces pièces tardives étaient jugées frustes et « barbares ».

    Il analyse en 103 chapitres aussi bien les légendes et leur iconographie que les ateliers, les différentes espèces et les noms qu’elles portent dans les textes.

    Là où d’autres voyaient de grossiers modules dégénérés, lui lit les titres impériaux, suit les réformes monétaires, et s’appuie sur les pièces pour éclairer les textes byzantins. Son travail marque la reconnaissance scientifique de la monnaie médiévale.

    Enfin, Charles Patin, avec son Introduction à l’histoire par la connaissance des médailles (1665), vulgarise la discipline en expliquant comment les monnaies peuvent illustrer, compléter, et parfois même contredire l’histoire écrite. Il dépasse le simple recueil d’images impériales : il fait entrer la monnaie dans le champ des sciences historiques.

    Dans cet ouvrage, Patin explique aux lettrés de son temps comment lire les médailles pour y trouver des informations historiques, mythologiques ou chronologiques. Il s’agit donc d’un guide didactique combinant érudition et vulgarisation, destiné à intégrer la numismatique dans l’étude de l’histoire.

    Ce livre reflète l’évolution du XVIIᵉ siècle, où l’on commence à considérer les monnaies non plus seulement comme des “images de l’histoire”, mais comme des documents historiques à part entière.

    Publié en français à Paris, l’ouvrage a connu des rééditions et adaptations (sous des titres proches comme Histoire des médailles…) dans la seconde moitié du XVIIᵉ siècle. Il est aujourd’hui consultable dans sa version originale

    histoire des médailles

    Patin a contribué à populariser la numismatique auprès des savants et des amateurs éclairés. Son Introduction a inspiré d’autres ouvrages pédagogiques, établissant la monnaie comme une source légitime pour l’étude historique, un principe qui deviendra central aux siècles suivants

    Le XVIIIe siècle : la méthode naît avec Pellerin et Eckhel

    À la veille de la Révolution, deux figures vont poser les fondations de la numismatique moderne: Joseph Pellerin et Joseph Hilarius Eckhel.

    pellerin image

    Pellerin, ancien intendant de la marine, rassemble la plus grande collection de monnaies grecques de son temps (35 000 pièces !).

    Il publia, de 1762 à 1778, un ensemble de dix volumes intitulé généralement Recueil de médailles (des rois, des peuples et des villes, connus ou inédits), qui constitue le premier catalogue scientifique et systématique couvrant l’ensemble du monde grec . Il classe les pièces par régions, commente les types, identifie les peuples. Son œuvre devient un modèle de corpus régional.

    Mais c’est Joseph Hilarius Eckhel, jésuite autrichien et conservateur à Vienne, qui va donner à la numismatique ses règles modernes.

    Dans sa monumentale Doctrina numorum veterum («Doctrine des monnaies anciennes», publiée en latin en huit volumes entre 1792 et 1798), Joseph Hilarius Eckhel jette les bases de la numismatique moderne. Il y classe les émissions par peuples, par ateliers et par règnes, distingue les types authentiques des faux, et pose les fondements d’une méthode rigoureuse. Pour lui, la numismatique ne se contente pas d’illustrer l’histoire : elle contribue à la corriger, la préciser, voire la documenter là où les textes se taisent. Cette œuvre, véritable somme critique, devient la charpente de toute la littérature numismatique du XIXe siècle, et inspire durablement les grands corpus européens à venir

    Eckhel est souvent surnommé le “père de la numismatique ancienne”. Son système de classement a été adopté partout (par ex. au British Museum) et a servi de modèle aux grands catalogues du XIXᵉ siècle. La Doctrina reste une référence historique que tout numismate érudit évoque, tant pour sa méthode que pour l’érudition qu’elle condense.

    eckel
    Eckhel gravé par Samuel WilliamsThe Numismatic Journal, de 1837

    ***

    Dans le sillage de Joseph Eckhel, l’école numismatique autrichienne poursuit une tradition d’érudition rigoureuse.

    L’un de ses représentants les plus importants, aujourd’hui largement oublié du grand public, est Otto Voetter, conservateur du Cabinet des Médailles de Vienne.

    Otto Voetter est notamment l’auteur d’un catalogue de référence sur le monnayage de Gallien, publié en 1901 dans le Jahrbuch der Kunsthistorischen Sammlungen des Allerhöchsten Kaiserhauses (Annuaire des collections d’art historiques de la Maison impériale très-haute), revue officielle du Cabinet impérial de Vienne.

    médaille otto voetter

    Son étude, fondée sur les collections de la Hofburg, propose une classification rigoureuse et ordonnée des émissions de Gallien, par types, ateliers et séquences chronologiques, dans la tradition savante de l’école viennoise.

    L’importance de Voetter tient à plusieurs éléments :

    • Il applique la méthode viennoise héritée d’Eckhel, mais avec une rigueur accrue dans la classification par émissions, parfois même par officine.
    • Il offre une documentation iconographique de qualité, avec de nombreuses planches gravées.
    • Il introduit une approche analytique, quasi statistique, du monnayage de Gallien — une rareté à l’époque.

    Voetter a influencé plus tard des travaux comme ceux de Göbl ou de la série Moneta Imperii Romani (MIR).

    Rare et difficile à se procurer pendant des décennies, Voetter est redevenu accessible grâce à des efforts de numismates passionnés… dont je fais partie, puisque j’ai entrepris sa réédition moderne !

    Un geste patrimonial qui permet enfin à ce monument scientifique de sortir de l’ombre.

    livre Voetter

    Le XIXe siècle : la numismatique devient encyclopédique

    La numismatique entre dans un véritable âge d’or au XIXᵉ siècle, marqué par l’essor des grandes collections publiques, la multiplication des publications spécialisées et l’ambition croissante de couvrir, de manière systématique, l’ensemble des monnayages anciens.

    Cette dynamique s’appuie sur des fondations posées dès la fin du XVIIᵉ siècle par François Le Blanc, dont le Traité historique des monnoyes de France (1690) constitue l’un des premiers exemples d’une histoire nationale du monnayage. Il y retrace, pièces à l’appui, l’évolution de la monnaie française depuis les Mérovingiens jusqu’à Louis XIV, en illustrant chaque étape par de nombreuses gravures.

    livre leblanc

    Mais c’est au XIXe siècle que la documentation explose.

    Théodore-Edme Mionnet, conservateur adjoint au Cabinet des Médailles, publie entre 1806 et 1837 sa monumentale Description des médailles antiques, grecques et romaines, en 15 volumes, couvrant plus de 50.000 types.

    Il innove en diffusant des empreintes en soufre, tirées directement des monnaies du Cabinet, pour permettre leur reproduction fidèle à des fins de comparaison. Il met aussi au point une échelle de modules encore en usage aujourd’hui : un gabarit numéroté de cercles concentriques, allant du plus petit (module 1) au plus grand (module 19), permettant de mesurer rapidement le diamètre d’une pièce. Cette normalisation facilite la description rapide des monnaies dans les catalogues.

    image de mionnet

    La Description de Mionnet se distingue par l’ampleur du matériel couvert et par son effort de reproduction fidèle des monnaies : il a diffusé son travail avec des milliers d’empreintes en soufre (moulages) prises sur les pièces originales, pour que les lecteurs puissent visualiser précisément les types décrits.

    À son époque, cet ouvrage était le plus complet qui soit : il a largement facilité la connaissance du matériel numismatique disponible, en réunissant des collections publiques et privées du monde entier. Il a ainsi constitué une base de données inédite, indispensable aux chercheurs du XIXᵉ siècle.

    L’ouvrage de Mionnet a été pendant plusieurs décennies la “bible” des collectionneurs et numismates pour identifier les monnaies antiques. Ses notations de rareté et de prix ont normalisé l’évaluation des monnaies sur le marché.

    ***

    Puis vient Henry Cohen, auteur de la fameuse Description historique des monnaies frappées sous l’Empire romain (1859–1868).

    Attaché dès 1859 au Cabinet des Médailles à Paris​, grand collectionneur de monnaies romaines, il entreprit de combler le besoin d’un corpus exhaustif des pièces de Rome.

    En 1857, il publie son premier grand ouvrage, la Description générale des monnaies de la République romaine, communément appelées médailles consulaires.

    Puis, entre 1859 et 1868, il fait paraître en six volumes sa Description historique des monnaies frappées sous l’Empire romain (suivie d’un volume de Supplément en 1868)​.

    image de henry cohen

    Ces travaux, souvent désignés simplement par “Cohen”, couvrent toutes les émissions monétaires romaines connues, de la République aux derniers empereurs, avec descriptions, références bibliographiques et indications de rareté. Cohen a classé les monnaies par règne impérial, listant chaque type par ordre alphabétique des légendes dans la première édition​. Son catalogue de l’Empire comportait déjà plus de 5 000 types et devint rapidement un outil de base pour identifier les monnaies romaines. 

    L’œuvre d’Henry Cohen a été saluée comme un monument de la numismatique du XIXᵉ siècle. Sa Description historique des monnaies frappées sous l’Empire romain (1859–1868), précédée en 1857 par celle consacrée à la République, a offert aux collectionneurs comme aux érudits un répertoire clair, structuré et maniable. Grâce à lui, le classement par empereur, l’organisation en séries chronologiques, l’usage de références croisées deviennent la norme. Le « numéro Cohen » devient l’unité de référence pour les monnaies impériales — et le restera jusqu’à l’arrivée des grands corpus britanniques du XXe siècle.

    Mais au-delà de la rigueur descriptive, les commentaires de Cohen, en particulier sur les monnaies de la République romaine, sont d’une érudition remarquable. Il s’attache à éclairer les types iconographiques par les sources littéraires antiques : Tite-Live, Cicéron, Denys d’Halicarnasse, Plutarque sont constamment mobilisés pour restituer le sens politique, religieux ou dynastique d’une représentation. Parfois conjectural, souvent visionnaire, son travail interprétatif reste inégalé dans bien des cas, et constitue encore aujourd’hui une source précieuse, même pour les chercheurs contemporains.

    En quelque sorte, Cohen a fait pour les monnaies romaines ce que Mionnet faisait pour l’ensemble des antiques : offrir un panorama complet, ordonné et intelligemment commenté — un outil à la fois de classification et de compréhension.

    Le XXe siècle : corpus, rigueur, exhaustivité

    L’ère contemporaine voit naître les grands corpus nationaux ou impériaux :

    The Roman Imperial Coinage (RIC) : Catalogue chronologique en 13 volumes couvrant toutes les monnaies impériales romaines d’Auguste à la fin de l’Empire (31 av. J.-C. – 491 apr. J.-C.).

    Lancé en 1923 par Harold Mattingly (British Museum) et achevé en 1994, le RIC s’est imposé comme le successeur du Cohen et le travail standard pour l’identification des monnaies impériales romaines.

    ric livres

    Il introduit un classement par ateliers et émissions plus fin que Cohen, et continue d’être mis à jour dans de nouvelles éditions.

    ***

    Le Roman Republican Coinage (RRC) de Michael Crawford : Publié en 1974 (Cambridge Univ. Press, 2 vol.), est le référentiel moderne pour les monnaies de la République romaine.

    Crawford y revoit les chronologies, propose des attributions affinées par série et publie 70 planches.

    couverture du livre RRC

    Considéré comme « la référence standard » sur le monnayage républicain, il a remplacé les ouvrages antérieurs (sylloges italiennes, Babelon 1885) et introduit la numérotation RRC utilisée internationalement.

    ***

    Sylloge Nummorum Graecorum (SNG, « Recueil des monnaies grecques ») : Il s’agit d’une série internationale, initiée par la British Academy en 1931, destinée à publier de manière systématique les grandes collections de monnaies grecques du monde. Chaque volume présente en photographie et décrit un fonds muséal ou privé (British Museum, Copenhague, Bibliothèque nationale, etc.), couvrant l’ensemble du monde grec.

    La Sylloge est un « catalogue complet des monnaies grecques, documentant leurs types, inscriptions et contextes », ressource désormais indispensable aux numismates et historiens. Des dizaines de volumes sont parus (et continuent de paraître), facilitant l’étude comparée des monnayages grecs.

    ***

    Catalogues généraux « World Coins » (dits catalogues Krause) : Pour les collectionneurs de monnaies plus récentes (du XVIIᵉ siècle à nos jours), la série anglophone Standard Catalog of World Coins (éditions Krause) est une référence incontournable.

    Ces volumineux catalogues, mis à jour régulièrement depuis 1972, listent presque toutes les monnaies émises par pays et par dates dans le monde entier, avec photos, tirages et cotes de valeur.

    Organisés par siècles (1601-1700, 1701-1800, etc.), ils ont introduit la numérotation KM (Krause-Mishler) largement utilisée par les collectionneurs et marchands pour identifier les pièces.

    Bien que principalement orientés vers la collection (valeurs en différentes qualités, etc.), ces guides constituent un inventaire quasi exhaustif de la production monétaire mondiale, prolongeant ainsi à l’ère moderne l’esprit des grands recueils universels initiés par les auteurs classiques de la numismatique.

    La spécialisation contemporaine : un empereur, un corpus

    Si le XXe siècle a été marqué par les grands corpus universels (RIC, RPC, SNG, etc.), la fin du siècle et le début du XXIe voient émerger une tendance nouvelle : la monographie numismatique centrée sur un seul empereur ou un atelier précis. Plus qu’un simple catalogue, ces ouvrages visent l’exhaustivité typologique et chronologique, à l’échelle d’un seul règne. Cette spécialisation répond à la complexité croissante des découvertes et à l’explosion de la documentation.

    Parmi les plus notables :

    MIR – Moneta Imperii Romani : cette série, publiée sous l’égide du Kunsthistorisches Museum de Vienne, s’inscrit dans la tradition viennoise d’Eckhel et Pink. Chaque volume est consacré à un ou quelques empereurs, par exemple le MIR 36 (Gallien), le MIR 14 (Philippe l’Arabe), etc. Ils offrent une reconstruction complète des émissions par types, coins, officines, poids, variantes. Le MIR 36 de Göbl, par exemple, reste l’ouvrage le plus rigoureux sur le monnayage conjoint de Valérien et Gallien.

    couverture de Mir goebl

    Le Monnayage de l’atelier de Lyon (P. Bastien, 8 vol., 1972–1989) : centré non pas sur un empereur mais sur un atelier.ce corpus analyse toutes les émissions de Lyon de 43 av. J.-C. à 413 apr. J.-C. avec une précision inégalée, y compris l’étude des coins.

    C’est un modèle de corpus régional et technique.

    couvertures des livres de Bastien sur Lyon

    et des tas d’autres que vous pouvez retrouvez dans la bibliothèque idéale Bnumis

    Conclusion

    En somme, de Pline à Budé, d’Eckhel à Cohen, les grandes figures de la tradition numismatique ont progressivement fait passer la monnaie du cabinet de curiosités à l’atelier du savant. Loin d’être une invention de l’époque moderne, la réflexion sur la monnaie commence dans l’Antiquité elle-même — mais c’est à la Renaissance puis au XIXᵉ siècle que la discipline s’organise comme un savoir structuré, transmissible et cumulatif.

    Chaque traité fondamental a apporté son lot d’innovations : rigueur descriptive, classements typologiques, mise en série historique, interprétation philologique ou iconographique. Ces apports ont permis aux générations suivantes de bâtir les grands corpus internationaux du XXᵉ siècle — de SNG à RIC, du CNI au MIR — et aux chercheurs contemporains de poursuivre le travail avec des outils numériques mondialisés.

    Mais ces piliers anciens ne sont pas que des monuments vénérés : leur érudition transversale, leur capacité à croiser sources textuelles, iconographie et mémoire culturelle, restent inégalées dans certains cas. On y trouve encore des intuitions lumineuses, des rapprochements oubliés, des interprétations fines qui redonnent sens à des types négligés par une numismatique parfois trop spécialisée ou compartimentée. Il est utile et fécond de revenir aux classiques pour éclairer les cas obscurs ou les monnaies inclassables.

    La numismatique est ainsi une science historique à la fois cumulative et réflexive, qui ne progresse pas seulement par accumulation de données, mais aussi par retour critique sur ses fondations.

    Le collectionneur averti qui consulte aujourd’hui un RIC ou un RPC s’inscrit dans cette tradition exigeante — celle d’un savoir en mouvement, bâti sur des siècles d’étude. Car certaines monnaies continuent, à elles seules, de déplacer les lignes de l’histoire

    C•W

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