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SOMMAIRE
- Aux origines du juste poids : de l’Antiquité à Constantin
- Système de contrôle byzantin
- Sacralité impériale
- Production et authenticité
- Usage social
- Collectionner les poids Byzantins
- Bibliographie
Dans l’Empire byzantin, la monnaie n’était pas seulement un instrument d’échange : elle incarnait le prestige, la stabilité et l’autorité impériale. Mais une monnaie ne vaut que si son poids et son aloi sont garantis. C’est pourquoi Byzance développa un système élaboré de poids monétaires, véritables instruments de contrôle et de confiance. Leur étude éclaire non seulement l’économie impériale, mais aussi l’univers matériel et symbolique d’un empire qui se voulait héritier de Rome et garant de la justice divine.
Mais pour comprendre pourquoi Byzance a accordé tant d’importance au juste poids, il faut d’abord remonter aux origines de cette exigence, depuis les premières civilisations jusqu’à l’Empire romain.
Aux origines du juste poids : de l’Antiquité à Constantin
L’émergence d’un pilier civilisationnel
Depuis les premières civilisations marchandes, la mesure précise du poids constitue un élément structurant des échanges commerciaux. Cette fonction métrologique, devenue si naturelle qu’elle passe aujourd’hui inaperçue, représente en réalité l’un des acquis fondamentaux de nos sociétés organisées.
Le Code d’Hammurabi, datant du XVIIIe siècle avant notre ère, témoigne déjà de cette préoccupation en établissant un cadre normatif strict pour l’utilisation des poids dans les transactions économiques. Cette codification précoce révèle la conscience des autorités mésopotamiennes quant aux enjeux de régulation liés à l’uniformisation métrologique.
La dimension sacrée de la mesure exacte
Au-delà de sa fonction pratique, la balance équitable acquiert dans de nombreuses civilisations une portée spirituelle qui transcende le cadre commercial. L’Égypte pharaonique illustre cette conception : selon la mythologie, le dieu Thot aurait offert la balance aux hommes comme instrument de sagesse.

Les traditions monothéistes perpétuent cette vision sacralisée. Les Écritures hébraïques associent la précision pondérale à la volonté divine, tandis que la falsification relève de l’influence démoniaque. L’Islam reprend ces préceptes à travers les prescriptions coraniques qui enjoignent aux croyants de respecter scrupuleusement les mesures et d’utiliser les balances les plus précises.
L’héritage romain
L’Empire romain hérite de ces conceptions en les adaptant aux exigences administratives.

Cette synthèse se manifeste dans l’iconographie monétaire impériale : certaines émissions figurent la déesse Moneta tenant une balance parfaitement équilibrée, condensant la philosophie économique romaine où la prospérité découle du respect de la mesure juste.
Cet héritage antique, à la fois technique et spirituel, trouve une traduction décisive à Byzance avec Constantin et la création du solidus, véritable révolution monétaire.
Constantin et la naissance du système monétaire byzantin
Le solidus : une révolution monétaire
Créé par Constantin Ier en 309, le solidus (ou nomisma en grec) pesait 4,48 g d’or fin, puis légèrement moins (4,35/4,30 g) tout en conservant un titre exceptionnel (97-99 %). Cette rigueur en fit la monnaie de référence pendant plus de sept siècles.
Cette stabilité remarquable donna naissance à l’expression française « valoir son pesant d’or ». En Occident médiéval, dès le Xe siècle, le nomisma d’or (souvent appelé « besant ») servit de référence. Par déformation linguistique, « besant » devint « pesant », rappelant combien le poids exact était crucial dans la confiance accordée à la monnaie.
Mais, garantir la valeur d’une monnaie ne se limitait pas à la définir : il fallait aussi contrôler sa circulation et prévenir la fraude. C’est là qu’apparaît tout le système byzantin de contrôle pondéral.
Le système byzantin de contrôle pondéral
L’institution du contrôle pondéral
Le danger des fraudes par rognage était constant. L’empereur Julien l’Apostat (361-363) institua alors une magistrature spécifique : le zygostate, chargé de vérifier les monnaies à l’aide d’un poids officiel, l’exagium.
C’était une manière de protéger non seulement les finances publiques, mais aussi la confiance des citoyens dans la justice monétaire.

Un dispositif sophistiqué
L’Empire byzantin mit en place un dispositif méticuleux de vérification pondérale pour ses monnaies d’or. Ce mécanisme de contrôle, centré sur le solidus et ses fractions — le semissis (demi-solidus) et le tremissis (tiers de solidus) — reposait sur l’utilisation d’instruments de pesée d’une précision remarquable.
L’outillage de précision
La vérification s’effectuait au moyen de balances à deux plateaux, instruments traditionnellement employés dans le commerce des substances de grande valeur : médicaments, épices et métaux précieux. Cette technologie éprouvée garantissait la fiabilité des mesures, élément fondamental dans un système monétaire basé sur la valeur intrinsèque de l’or.
Deux catégories complémentaires
L’époque byzantine distingue deux grandes familles de poids selon leur usage spécifique. Les poids commerciaux, étalonnés en onces ou en livres, servaient à mesurer les marchandises dans les transactions courantes. Les poids monétaires, exprimés en solidi ou nomismata, permettaient de vérifier la masse des pièces d’or en circulation.

(4e /7e siècle)

(4e /6e siècle)
Malgré leurs destinations différentes, ces instruments poursuivaient un objectif commun : garantir l’équité des échanges économiques.
Ces dispositifs techniques n’étaient cependant pas neutres : ils portaient une dimension symbolique et politique, car peser une monnaie revenait aussi à affirmer l’autorité impériale.
La sacralité impériale incarnée dans les poids
L’inviolabilité de la monnaie impériale
L’Empire romain établit dès ses origines un principe fondamental : la monnaie impériale revêt un caractère sacré qui la place sous protection divine et juridique absolue. Durant la période républicaine, cette protection s’incarnait dans le culte de Junon, divinité tutélaire de la frappe monétaire, et toute dégradation volontaire des espèces constituait un délit de lèse-majesté passible des sanctions les plus sévères.
Avec l’avènement du régime impérial, la monnaie change de statut : elle ne représente plus seulement l’État, mais incarne directement la personne de l’empereur grâce à son effigie. Dès lors, toute atteinte portée à une pièce est perçue comme une offense faite à l’empereur lui-même. Cette personnalisation entraîne une justice beaucoup plus sévère. Ainsi, certains auteurs rapportent une anecdote intéressante : un citoyen aurait été condamné à mort simplement pour avoir emporté une monnaie d’Auguste aux latrines (les toilettes antiques), geste interprété comme un grave manque de respect envers l’image impériale.
Même si l’authenticité de cette anecdote reste incertaine, elle illustre la rigueur avec laquelle le pouvoir romain entendait protéger la dignité impériale.
Les poids à effigie impériale : objets d’exception
Dans ce contexte de sacralisation monétaire, une catégorie particulière de poids mérite une attention spéciale : ceux ornés de l’effigie impériale. Ces objets, relativement rares parmi les milliers de poids romains et byzantins recensés, occupent une position singulière dans l’instrumentarium métrologique de l’Empire.

Poids monétaire en cuivre frappé à Carthage au nom des empereurs Honorius et Théodose [19×18,8 mm, 3,91 g.]

À Byzance, société profondément marquée par le culte impérial, la présence de l’image du basileus sur un poids de contrôle transformait cet instrument utilitaire en objet quasi religieux. L’effigie impériale, porteuse d’une sacralité intrinsèque, conférait au poids une autorité qui dépassait sa simple fonction métrologique pour s’élever au rang de garantie divine de la mesure exacte.
Mais derrière cette charge sacrée, ces objets restent aussi des artefacts concrets : leur fabrication, leur diversité de formes et de matériaux racontent une autre histoire, celle de l’artisanat et du prestige.
Production et authenticité : entre fonction et prestige
La sobriété des poids officiels
Contrairement aux attentes, la présence de l’effigie impériale sur un poids ne garantissait pas sa richesse décorative. Les premiers poids étalons du IVe siècle, les exagia institués par l’empereur Julien II, affichaient une élégance dépouillée comparable à celle de la petite monnaie de bronze. Cette simplicité révèle leur origine probable dans les ateliers monétaires impériaux et souligne leur vocation avant tout utilitaire.

Au VIe siècle, les hauts fonctionnaires des finances de Constantinople commandaient des poids techniquement soignés mais délibérément sobres, évitant tout ornement ostentatoire. À l’inverse, certains exemplaires provinciaux, comme un poids à l’effigie de Justinien produit en Palestine vers 537, témoignent d’un artisanat local plus fruste. Ces contrastes démontrent que l’effigie impériale n’impliquait aucun luxe particulier.

Les poids de prestige
Si la fonction pratique primait, certains poids devenaient de véritables objets de prestige. Un commanditaire fortuné pouvait obtenir un exemplaire spécialement orné, à l’instar d’une montre de luxe aujourd’hui. Toutefois, les lois somptuaires et les conventions imposaient généralement de la retenue pour ces instruments de mesure. Certaines séries luxueuses constituaient probablement des étalons officiels, possiblement destinés à des institutions ecclésiastiques.

Diversité des matériaux et des formes
La fabrication des poids monétaires révèle une remarquable diversité dans le choix des matériaux et des techniques de production. Les différents alliages cuivreux (laiton ou bronze) constituent le matériau de prédilection des artisans byzantins, apprécié pour leur résistance et leur facilité de travail, mais plus surprenant, le verre trouve sa place dans cette production, réservé à des exemplaires particuliers dont la fonction ou la symbolique exigeait cette matière translucide.

Cette variété matérielle s’accompagne d’une égale diversité morphologique. Les artisans façonnent leurs créations selon différentes géométries : tantôt des boules légèrement aplaties aux contours harmonieux, tantôt des formes rigoureusement carrées ou parfaitement circulaires. Les exemplaires ronds témoignent d’une maîtrise technique particulière, produits au tour selon des méthodes héritées de l’orfèvrerie antique. L’ornementation varie selon l’ambition esthétique : certains poids se contentent d’une gravure sobre de motifs géométriques ou symboliques, tandis que les pièces les plus raffinées rivalisent d’élégance grâce à leurs incrustations d’argent qui soulignent les reliefs et confèrent un éclat précieux à ces instruments utilitaires.


Notons que le poids-étalon byzantin de 6 onces illustré ici, l’un des plus connus de la période, se distingue autant par la richesse de son iconographie que par son intérêt historique. Uniface, il porte l’indication de valeur « Γ° S » pour six onces, accompagnée d’une scène figurant deux empereurs cuirassés, diadémés et nimbés, affrontant un fauve tacheté dans un paysage rocheux. Longtemps interprétés comme des saints militaires, les personnages sont aujourd’hui identifiés à Justin Ier et à son neveu Justinien, représentés ensemble afin de marquer l’association de ce dernier au pouvoir impérial. Le fauve, sans doute un léopard, évoque par son mouvement hésitant et par sa symbolique biblique l’ennemi perse, adversaire majeur de l’Empire au début du VIᵉ siècle. Ce type, dont plusieurs exemplaires sont connus – notamment un de qualité supérieure conservé au British Museum – illustre la continuité des thèmes iconographiques antiques, en particulier la chasse impériale, tout en leur conférant une signification politique et militaire adaptée au contexte byzantin.
Diversité des finitions
L’examen des collections révèle une remarquable variété esthétique. Les poids byzantins témoignent d’un soin constant, même pour les objets les plus utilitaires. Les exemplaires simples illustrent une recherche d’efficacité dans la sobriété, tandis que les plus ouvragés rivalisent d’élégance avec les arts décoratifs.
Cette diversité se manifeste dans l’écart entre un petit poids d’1 nomisma sans décor (ou minimaliste) et des poids plus gros richement orné , jusqu’à des imposants poids de 72 nomismata . Ces contrastes révèlent l’adaptation des artisans aux besoins et aux moyens de leur clientèle, oscillant entre fonctionnalité pure et décorum élaboré.


Si ces poids reflétaient la puissance de l’État et le savoir-faire des ateliers, ils avaient aussi une vie sociale bien réelle : présents sur les marchés, dans les tribunaux ou même dans les monastères, ils circulaient à travers toute la société byzantine.
Usage et diffusion dans la société
Une utilisation transversale dans la société byzantine
L’usage de ces poids monétaires et commerciaux s’étendait à travers différentes strates de la société byzantine, démontrant l’universalité du besoin de contrôle pondéral. Les particuliers utilisaient ces instruments pour leurs transactions commerciales privées, soucieux de vérifier l’authenticité et la valeur réelle des monnaies qu’ils manipulaient au quotidien. Les institutions officielles de l’Empire intégraient également ces poids dans le cadre de leurs activités économiques, garantissant ainsi la régularité de leurs opérations financières.

Les hauts magistrats possédaient leurs propres collections de poids monétaires, reflétant leur statut social élevé et leur implication directe dans la gestion des affaires publiques. Les établissements religieux, et particulièrement les monastères, n’étaient pas en reste dans cette pratique. Cette présence des poids monétaires dans les communautés monastiques souligne l’importance des activités économiques de ces institutions, qui géraient souvent d’importants patrimoines fonciers et participaient activement aux circuits commerciaux de l’époque.
Leur diffusion explique aussi pourquoi leur iconographie et leur symbolique prenaient une telle importance : chaque décor n’était pas seulement esthétique, mais porteur d’un message politique ou religieux.
Iconographie et symbolique
Les poids monétaires byzantins les plus anciens témoignent d’un art décoratif raffiné où chaque motif véhicule une signification précise. L’ornementation de ces objets utilitaires révèle trois grandes catégories iconographiques qui structuraient l’imaginaire politique et religieux de l’Empire.
Les références à l’autorité impériale occupent une place centrale dans le programme décoratif des exemplaires les plus élaborés. Ces gravures complexes matérialisent visuellement la garantie que l’État byzantin accordait à l’exactitude des poids et mesures, transformant chaque instrument en un symbole tangible de la fiabilité monétaire impériale.
Cette dimension officielle revêtait une importance capitale dans un système économique où la confiance reposait sur la crédibilité de l’autorité émettrice.

Le symbolisme religieux s’exprime principalement à travers le motif récurrent de la croix, qui confère une dimension sacrée à l’acte même de peser les monnaies. Cette christianisation des instruments de mesure reflète l’imprégnation religieuse profonde de la société byzantine, où les activités économiques s’inscrivaient dans un cadre moral et spirituel défini par l’Église.
La présence de ce symbole transforme l’acte commercial en geste empreint de sacralité.

Parallèlement à cette ornementation symbolique, de nombreux poids adoptent un marquage purement fonctionnel consistant en l’inscription de la lettre correspondant à la valeur monétaire contrôlée.
Cette approche pragmatique privilégie l’efficacité opérationnelle sur l’esthétique, démontrant que ces objets répondaient avant tout à un impératif pratique de précision métrologique.

Ces exemplaires témoignent d’une production plus courante, destinée à un usage quotidien intensif où la lisibilité immédiate primait sur la richesse décorative.
Aujourd’hui, ces petits objets dépassent leur fonction première : ils sont devenus un champ d’étude et de collection à part entière, où l’archéologie rejoint la passion des amateurs.
Collectionner les poids byzantins
La collection des poids byzantins représente un domaine fascinant à la croisée de la numismatique et de l’archéologie. Ces petits objets, méconnus du grand public, offrent un accès privilégié à l’économie et à la métrologie de l’Empire byzantin, tout en présentant une diversité esthétique remarquable qui va de simples plaquettes marquées d’une lettre à de véritables miniatures sculptées.
Pourquoi collectionner les poids byzantins ?
L’intérêt de ces objets réside d’abord dans leur valeur historique et éducative. Chaque poids constitue un témoignage direct du système de poids et mesures byzantin, permettant de comprendre les évolutions métrologiques et les réseaux commerciaux de l’époque. De nombreux poids portent des inscriptions datées ou nominatives – fait exceptionnel pour l’Antiquité tardive – offrant ainsi un ancrage temporel précis. L’étude des poids en verre a notamment permis de mieux appréhender les systèmes métrologiques byzantins et leur évolution, ainsi que les réseaux de production à travers la Méditerranée.
La diversité esthétique constitue un second attrait majeur. Les poids byzantins se déclinent en diverses formes (disques, plaquettes carrées, octogonales, polyédriques) et matériaux (alliages cuivreux majoritairement, verre pour les petits poids monétaires). Certains arborent de véritables œuvres d’art miniature : empereurs couronnés, croix ouvragées, monogrammes élégants, voire scènes figurées complexes comme ce poids exceptionnel du VIe siècle montrant deux empereurs à cheval chassant un lion.
Enfin, les poids byzantins demeurent relativement abordables permettant de constituer une collection respectable sans budget exorbitant, tout en offrant des perspectives de découverte pour l’amateur éclairé.
Marché et valorisation
Le marché des poids byzantins présente une fourchette très large. Les exemplaires modestes et communs se négocient de quelques euros à une centaine d’euros.
Un poids octogonal simple peut se vendre 5 €, tandis que de nombreux poids monétaires anonymes s’échangent entre 20 et 100 €.
Les poids à effigie impériale atteignent des prix plus élevés : un poids de 3 onces à l’effigie de Justin II et Sophie peut se vendre plus de 700 €.
Les pièces exceptionnelles, combinant beauté et historicité, peuvent atteindre plusieurs milliers d’euros, comme ce grand poids carré d’une livre orné de cavaliers impériaux adjugé à plus de 5 000 € chez Christie’s.

La valeur marchande dépend de plusieurs critères : la rareté intrinsèque du type, la qualité de conservation, la provenance documentée, et l’attrait esthétique ou symbolique de la pièce….comme les monnaies !
Le marché actuel, avec ses prix très variables, illustre combien ces objets suscitent encore curiosité et désir. Mais leur valeur va bien au-delà de l’argent : elle réside surtout dans la confiance qu’ils incarnaient autrefois.
Conclusion : la confiance, clef de l’économie byzantine
Ainsi, en suivant l’histoire de ces poids de l’Antiquité au marché contemporain, on voit se dessiner une constante : la monnaie n’existe que parce que le poids exact est garanti.
L’histoire des poids monétaires byzantins illustre un principe immuable : la confiance dans la monnaie repose sur la rigueur du contrôle. Byzance, en maintenant pendant plus de 700 ans une norme d’or presque parfaite, sut s’imposer comme puissance économique autant que politique.
Les poids, loin d’être de simples outils, furent les gardiens de cette crédibilité monétaire. Instruments de précision au service d’un système métrologique sophistiqué, ils témoignent de la capacité de l’administration byzantine à maintenir des standards uniformes à travers l’immensité de l’Empire. De Constantinople aux comptoirs d’Alexandrie, de Thessalonique aux marchés de Ravenne, ces petits objets garantissaient l’intégrité des transactions et la confiance des acteurs économiques.
Aujourd’hui, pour les historiens comme pour les collectionneurs, ces poids continuent de «peser lourd» dans la compréhension de l’économie antique. Chaque exemplaire, qu’il soit modeste poids commercial ou prestigieux étalon impérial, porte en lui la mémoire d’un système économique d’une remarquable cohérence.
Témoins de la rigueur impériale et du raffinement byzantin, ils nous rappellent que la grandeur d’un empire se mesure aussi dans ces détails apparemment insignifiants qui, jour après jour, fondaient la confiance sur laquelle reposait l’ensemble de l’édifice économique.
Mais…en observant de près ces poids conservés dans nos musées et nos collections, une énigme surgit : pourquoi tant d’entre eux ne correspondent-ils pas au poids théorique qu’ils étaient censés garantir ? Erreurs de fabrication, usures du temps, fraudes organisées ou secrets d’un système plus souple qu’il n’y paraît ?
Derrière l’apparente perfection du « juste poids byzantin » se cache une zone d’ombre fascinante…
Rendez-vous dans le prochain article (A VENIR):
« Juste poids, fausse mesure ? Enquête sur les anomalies pondérales des poids byzantins ».
C•W
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BIBLIOGRAPHIE
- Bendall, Simon. Byzantine Weights: An Introduction. London : The Lennox Gallery, 1996.
- Callegher, « A Provincial Weight from after the Monetary Reform of 538 CE », Israel Numismatic Research, 3, 2008, pp. 163‑174.
- Campagnolo, Matteo ; Weber, Klaus. Poids romano-byzantins et byzantins en alliage cuivreux. Collections du Musée d’art et d’histoire – Genève. Genève : Musée d’art et d’histoire / Five Continents Editions, 2015. ISBN 978-88-7439-702-0.
- Campagnolo, Matteo. « Poids sacrés à Byzance, le décorum au service des finances et de l’économie de l’Empire ». In Autour des métiers du luxe à Byzance (publication numérique, MAH Genève), 2021. URL : https://www.mahmah.ch/voir-et-en-parler/publications/autour-des-metiers-du-luxe-byzance/poids-sacres-byzance-le-decorum
- Musée d’art et d’histoire de Genève. « Les poids : valoir son pesant d’or ». In Autour des métiers du luxe à Byzance (publication numérique, MAH Genève), 2025.
- Charrey P., De l’instrument de contrôle à l’objet d’art : peut-on reconnaître un poids « étalon » à Byzance (ive-viie siècles) ?
Origine des images
- Poids de 6 onces, MAH CdN 032581 bis/321
- Poids de six solidi, MAH CdN 032581 bis/265
- Poids monétaire en cuivre frappé à Carthage au nom des empereurs Honorius et Théodose, British Museum CM 1975,5-6,1
- Alliage cuivreux et argent, 4,5×4,5 cm, masse inconnue. Source. Ministère grec de la Culture et des Sports, Musée byzantin et chrétien d’Athènes, inventaire no BXM 834.
- Julien II dit le Philosophe (360-363). Poids officiel de solidus (exagium), bronze rectangulaire (15 × 21 mm, 4,34 g), Heritage Auctions, Auction 3037, Lot 30159
- Poids monétaire provincial à l’effigie de Justinien Ier, Palestine, vers 537/538, cuivre, 28,11 g. Israel Museum, Jérusalem (inv. 15616).
- Poids byzantin luxueux d’1 libra, Ve–VIIe siècle, bronze (322,53 g). Christ juvénile entouré des quatre Évangélistes, incrustations d’argent. Vente Leu Numismatik, Web Auction 24 (2022), lot 3585.
- Poids byzantin en verre, anc. coll. Wilhelm Fröhner (1835-1925), BnF, MMA, Froehner.verre.17 (ark:/12148/btv1b113577222).
- Poids-étalon byzantin de 3 onces, laiton, 5ᵉ s., attribué à Jean Cappadocien, Constantinople. Diam. 40,3 mm, ép. 9 mm, 80,7 g. MAH Genève, inv. CdN 032581 bis/311 (don Ariane Naville, 1956).
- Poids-étalon byzantin de 6 onces, laiton, 5ᵉ s., Constantinople. Attribué à Justin Ier et Justinien Ier. Dim. 41,5 × 42,5 × 11,3 mm, 161,2 g. MAH Genève, inv. CdN 061587
- Poids de 1 nomisma, stock Bnumis
- Poids byzantin de 3 onces, Ve–VIe s., bronze avec incrustations d’argent et de cuivre, bustes impériaux affrontés, Roma Numismatics Limited, Auction 9, Lot 926
- Bnumis
- Poids byzantin de 2 onces (12 solidi), fin Ve–VIe s., orichalque, 28 × 28 mm, 53 g. Deux empereurs nimbés en armes, croix centrale, lettres Γ–B ; incrustations d’argent et de cuivre, revers uni. Leu Numismatik, Auction 2, Lot 347
- Poids byzantin de 2 onces, VIᵉ–VIIᵉ s., bronze, 21 × 22 mm, 24,49 g, inscription Γ B avec croix. Leu Numismatik, Web Auction 6, Lot 1430
- Poids byzantin carré d’1 libra, IVᵉ-Vᵉ siècle, bronze (env. 327 g). Deux empereurs cavaliers chassant un lion, incrustations. Vendu chez Christie’s (lot 4205436), adjugé 5 019 $.
