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Comment reconnaitre & combattre la maladie du bronze sur vos monnaies

    monnaie de siscile Lipara

    Temps de lecture : 10 mn

    DÉBUTER > TUTORIELS PRATIQUES

    Bronze disease – Tout savoir sur la maladie du bronze : la connaitre, la reconnaitre, la traiter, l’éliminer ou vivre avec !

    Sommaire :

    1. Le bronze, généralités
    2. Qu’est ce que la maladie du bronze ?
    3. Ai-je la maladie du bronze dans ma collection ?
    4. Que se passe t-il réellement ?
    5. Traitements divers
    6. Stockage

    Qu’est-ce que le Bronze?

    Avant de découvrir la maladie du bronze, d’abord, le plus important : qu’est-ce que le Bronze ?

    Le bronze est un alliage métallique composé principalement de cuivre (Cu) et d’étain (Sn), bien que d’autres métaux puissent également être inclus en petites quantités. On classe aussi parmi les bronzes l’orichalque, contenant du zinc (Zn).

    Le bronze est connu pour sa durabilité, sa ductibilité et sa résistance à la corrosion, ce qui en fait un matériau précieux pour la fabrication d’objets divers, tels que des statues, des outils, des instruments de musique et bien entendu des pièces de monnaie.

    statuette "Criophore" d'époque romaine
    statuette
    Criophore
    d’époque romaine

    Le bronze est l’un des premiers alliages utilisés par l’homme, il a joué un rôle crucial dans le développement technologique et artistique de nombreuses civilisations – « l’âge du bronze » date de 3 000 avant notre ère en Asie Mineure, mais l’utilisation du bronze est notée dans certains certaines parties de l’Asie (Chiang Mai, Thaïlande et Sanxingdui, Chine) vers 4 500 avant notre ère. Mais cher à produire et cassant, il a été remplacé pour les armes et beaucoup d’outils par le fer, forgé.

    Le bronze est resté à l’Âge du Fer un des premiers alliages employé pour la monnaie et celle de bronze dépasse de loin l’argent ou l’or en tant que constituant de la masse monétaire de la plupart des pays de l’antiquité jusqu’à la fin du XIXe siècle.

    Qu’est-ce que la maladie du bronze?

    La maladie du bronze (le bronze disease) est une situation dans laquelle la monnaie produit de l’acide (normalement acide chlorhydrique ou sulfurique) en interne, et commence à se désintégrer.

    Elle est une forme de corrosion qui se manifeste :

    • soit sous la forme d’une substance verte poudreuse à la surface du métal,
    • soit sous la forme d’un film verruqueux ou cireux sur la surface d’un artefact.
    Bronze de Trajan presque anéantie
    Bronze de Trajan se transformant en poudre verte

    L’extérieur présente généralement des « excroissances » vertes ou brunes qui recouvrent des piqûres que les acides vont créer.

    Claude, Sesterce | excroissances et certains cratères dû aux piqures d'acides bien visibles
    Claude, Sesterce | excroissances et certains cratères dû aux piqures d’acides bien visibles

    Cette corrosion ressemble beaucoup à la rouille du fer et elle est provoquée par un ensemble circulaire de réactions impliquant les chlorures d’un alliage de cuivre et l’eau. Mais nous verrons cela un peu plus loin.

    Ne pas confondre avec le « vert-de-gris » qui fait référence à une substance chimique appelée l’acétate de cuivre, qui se forme à la surface du cuivre, du laiton ou du bronze lorsqu’ils réagissent avec l’air et l’humidité. Dans ce cas, il s’agit d’une patine verte qui peut se développer au fil du temps sur les objets en cuivre et en alliages de cuivre

    Pourquoi ce nom ?

    Parce que l’on pensait à l’origine que ces excroissances étaient causées par une bactérie et cela a donc pris le nom de maladie du bronze.

    D’ailleurs, les « premiers » numismates essayaient de combattre ce problème en faisant tremper leurs monnaies dans un produit antibactérien & avec des lavages successifs pour prévenir la maladie – cela n’a probablement fait qu’empirer les choses !

    Taches vertes, le « Green fuzz » : un signe avant-coureur

    green fuzz , bronze desease
    taches verte sur monnaies

    L’un des symptômes de la maladie du bronze est la formation de cristaux verts à la surface des pièces. Ces cristaux, souvent confondus avec le vert-de-gris, ont une apparence distincte. La Maladie du Bronze produit généralement des cristaux plus denses et plus prononcés, tandis que le vert-de-gris a tendance à être plus fin et moins structuré.

    Mais le vert est-il forcément mauvais ?

    Il s’agit la plupart du temps de la patine, une couche oxydante qui protège réellement le pièce de monnaie et qui la rend plus jolie ! Une patine est un phénomène naturel, une couche d’oxydation généralement formée de chlorure de cuivre et oxydes de cuivre.

    Belle patine uniforme sur un sesterce d'Antonin le pieux
    Belle patine uniforme sur un sesterce d’Antonin le pieux

    Mais une patine est normalement plus uniforme et recouvre l’ensemble de la monnaie.

    Elle est aussi d’une teinte plus terne que le vert de la maladie du bronze.

    Une patine est donc structurellement sûre et protège le métal – à condition qu’il n’y ai pas de perturbation extrêmes dus à la chaleur, l’ humidité, acides ou pollution de l’environnement.

    Ai-je une patine ou une maladie du bronze ?

    C’est surement la question la plus importante que vous vous posez si vous êtes ici !

    • La « partie verte » se trouve-t-elle partout sur la pièce, ou seulement à un ou deux endroits ?
    • Peut-on « gratter » la partie verte avec une brosse à dents rigide, un cure-dent ou un ongle ?
    • Y a-t-il des piqûres sur la pièce ou des entailles sur le bord ?
    • Les concrétions vertes sont-elles sous forme de cristaux anormaux ?
    • Y a-t-il de la poudre verte dans votre médaillier ?
    • La monnaie est-elle acide si vous la soumettez à un test de pH (par exemple, 0-4) ?

    Les piqûres : La patine cache la réalité, l’acide ronge la monnaie

    On appelle piqures les dommages localisés qui se produisent à la surface d’un matériau métallique en raison de processus de corrosion. Ces piqures sont donc caractérisées par la formation de petites perforations dans le métal.

    Que se passe-t-il réellement ?

    La présence de chlorure cuivreux dans les alliages de cuivre réagit avec l’eau dans l’air pour créer de l’acide chlorhydrique. L’acide ronge alors le bronze et réagit à son tour avec le cuivre. Cette deuxième équation produit la manifestation visuelle de la maladie : ce redoutable duvet vert. Généralement, il recouvre les cratères causés par l’acide chlorhydrique.

    +H2O → 2HCl + Cu2O
    2HCl + 2Cu → 2CuCl + H2

    Représentation de base du processus chimique.

    Le soufre ou d’autres impuretés peuvent créer des variations avec l’acide sulfhydrique plutôt qu’avec l’acide chlorhydrique. Les déclencheurs de réaction sont les manipulations/traitements brutaux, les changements soudains d’environnement et l’exposition prolongée à l’humidité.

    Maintenant que ma monnaie a la maladie du bronze, que dois-je faire ?

    Initialement, la réaction peut être stoppée en éliminant l’humidité de la pièce. Cela peut être fait en plaçant votre monnaie (ou autres objets infectés) dans le four à feu doux afin de les sécher.

    Malheureusement, cela provoque souvent un assombrissement irréversible de la surface du métal. De plus, ce n’est certainement pas une solution permanente : une journée particulièrement humide et la maladie du bronze repartira de plus belle.

    Avec les armes du dentiste !

    Commencez par utiliser une brosse à dents en nylon FERME ou DURE, et grattez doucement l’excès de concrétions vertes sur votre monnaie.

    Pour celles qui sont solidement logés, vous pouvez utiliser un cure-dent ou une baguette à pointe acérée ou une baguette chinoise pointue.

    Soyez TRÈS PRUDENT si vous utilisez des couteaux de type X-acto ou des outils Dremel, car ils pourraient rayer et endommager vos monnaies.



    Faites tremper les pièces dans de l’eau distillée (PAS dans de l’eau artésienne ou de l’eau du robinet !) pendant 10 à 15 jours pour libérer les chlorures.

    Cela peut sembler contre-intuitif : le problème, c’est l’eau, alors pourquoi faire tremper les pièces dans l’eau ?! Par ce que l’eau distillée est chimiquement « propre » et servira en fait à inverser le processus chimique

    Certains cas bénins et des problèmes à un stade précoce peuvent être évités de cette manière, mais il faut généralement recourir à des remèdes plus puissants.

    Chimie – Combattre les acides par les bases

    Pour les cas plus complexes et les chimistes en herbe

    Placez votre monnaie malade dans un récipient en verre et remplissez-le d’une solution dillué à 5 % de sesquicarbonate de sodium. Laissez tremper pendant environ 14 jours, remplacez la solution et laissez tremper à nouveau pendant 14 jours de plus.


    Ensuite, placez la pièce dans de l’eau distillée pendant environ une semaine.

    Vous n’avez pas de sesquicarbonate de sodium à portée de main ? Vous pouvez le fabriquer
    avec des quantités molaires égales de carbonate de sodium (également appelé carbonate de soude) et de bicarbonate de sodium (oui, vous savez ce que c’est). Par exemple, une solution à
    5% molaire serait composée de 10,6 g de carbonate et de 8,4 g de bicarbonate dans 100 ml d’eau.

    Une solution à 5 % SUPPRIMERA toute patine sur la pièce ! S’il s’agit d’une patine exceptionnelle, essayez une solution à 1% ou 2%. Mais attention, cela prendra trois fois plus de temps et le risque d’inefficacité est plus élevé.

    N’oubliez jamais que la beauté d’une patine verte peut être complètement anéantie par un nettoyage hasardeux !

    Devenir chimiste : Les armes lourdes

    Pour les cas extrêmes et personnes avertis : le BENZOTRIAZOLE (BTA)

    Dissoudre le benzotriazole dans l’éthanol (solution à 6-7%) et laisser tremper la pièce de 1 heure à 2 jours.
    Après cette étape, replacer la pièce dans de l’eau distillée pendant une semaine pour la faire reposer.

    Si vous travaillez avec ces produits chimiques, VEUILLEZ utiliser l’équipement de sécurité approprié et travailler dans un endroit bien aéré et ventilé.

    Le BTA élimine généralement tout problème persistant et est souvent utilisé comme « produit d’étanchéité » juste avant le traitement de la pièce.

    AVERTISSEMENT – LE BENZOTRIAZOLE EST UN CANCÉROGÈNE CONNU

    AVERTISSEMENT – L’ÉTHANOL EST UN PRODUIT CHIMIQUE DANGEREUX ET PEUT ÊTRE
    DIFFICILE À ACHETER

    Le stockage : votre dernier souci

    Après 5 à 15 semaines de traitement, vos pièces sont débarrassées de la maladie du bronze et parfaitement propres. Qu’en est-il maintenant ? Si vous ne les traitez pas, le problème ne fera que se répéter !

    Certains numismates aiment recouvrir leurs pièces de cire Renaissance wax ou de laque d’acétate de polyvinyle qui sont des cires microcristallines qui empêchent l’humidité de pénétrer à nouveau dans les pièces.

    C’est la méthode de traitement préférée du British Museum qui utilise la cire renaissance.

    Malheureusement, cette méthode rend la monnaie très difficile à nettoyer à nouveau car la cire est difficile à enlever.

    Par ailleurs, si il reste de l’humidité dans votre monnaie….c’est la cata…

    Mes lecteurs les plus anciens se rappellent surement de la destinée d’un superbe sesterce de commode qui était passé par ma boutique. Si la maladie du bronze n’est pas complètement éliminée, le métal continuera à se corroder sous la protection.

    Le gel de silice

    Si vous ne pouvez rien faire d’autre, placez vos pièces dans un endroit inerte récipients en plastique remplis de gel de silice et le remplacez à intervalles réguliers.

    Cela absorbera une partie de l’humidité et généralement maintenir l’humidité à un niveau bas.

    gel de silice

    Cependant, le gel de silice doit être renouvelé assez régulièrement afin de conserver ses propriétés semblables à celles du quartz.

    Le costaud : l’armoire de déshumidification

    L’achat d’une armoire de déshumidification est une bien meilleure solution à long terme pour ceux qui vivent dans des régions humides et qui ont beaucoup de monnaies « à risques ».

    Des niveaux d’humidité inférieurs à rH 35 % devraient empêcher les conditions
    permettant aux réactions acides de se produire, ce qui est largement à la portée de ce type de matériel.

    Ces armoires sont couramment utilisées dans les technologie et l’industrie médicale pour prévenir la corrosion des composants coûteux tels que les semi-conducteurs ou par les collectionneurs d’appareils photo.

    Celle que j’illustre de 55L de la marque Spolehli est utilisé par un de mes clients (breton) qui s’en sert comme meuble de rangement pour ses monnaies. Il en est très content, mais aurait-il eu des maladies du bronze sans ce matériel ?

    Elle existe aussi en petit format de 35L.

    Pour finir…

    Aucune garantie, qu’elle soit suggérée, expresse ou implicite, n’est fournie à la pertinence des méthodes citées plus haut. Il n’est pas assuré qu’elles fonctionneront sur chaque pièce ni qu’elles aboutiront dans toutes les situations.

    On peut avoir la meilleur recette de gâteau au monde et en faire un truc exécrable si celle-ci est mal exécutée !

    Dans la mesure du possible, il est donc toujours recommandé de consulter un restaurateur professionnel.


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    Bibliographie

    • Scott, David. Bronze Disease: A Review of Some Chemical Problems and the Role of Relative Humidity. The Journal of the American Institute for Conservation, Volume 29, Number 2, Article 7, 1990.

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