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Investir dans l’or en 2026 : mirage doré ou vraie valeur ?

    Temps de lecture : 15 minutes

    cheval de troie doré

    « Je crains les Grecs, même lorsqu’ils apportent des présents. » Cette célèbre mise en garde de Laocoon devant le cheval de Troie résume bien l’état d’esprit à adopter face à la ruée actuelle vers l’or.

    Quand tout le monde vous explique qu’il faut absolument acheter de l’or, il est peut-être justement temps de s’en méfier. L’histoire du cheval de bois abandonné par les Grecs en fuite – prétendu cadeau des dieux – nous rappelle qu’un présent trop alléchant peut cacher un piège mortel.

    Appliquée aux innombrables incitations à investir dans l’or (et dans une moindre mesure l’argent) qui circulent aujourd’hui, la leçon est claire : gardons notre esprit critique avant de succomber à l’engouement général.

    PRATIQUER > PASSERELLES

    Sommaire

    1. L’or pour tous ? Trop tard
    2. L’or liquide ? Mouais…
    3. Qui veut vous vendre du rêve ? Ceux qui ont déjà encaissé
    4. Stocker du métal, c’est facile ?
    5. L’or face à l’État : précédents historiques à ne pas oublier
    6. Prix manipulés : une boîte noire incontrôlable
    7. Du plastique pour faire briller du vent et les autres mirages
    8. En résumé

    Quand tout le monde en veut… il est temps de partir

    Depuis quand le monde de l’investissement est-il philanthrope ? Autrement dit, pourquoi des inconnus viendraient-ils vous offrir sur un plateau une « bonne affaire » sans contrepartie ? En général, si tout le monde se rue dans la même direction sur les marchés, c’est qu’il est temps de faire le contraire et de prendre ses profits.

    On l’a vu avec Bitcoin : ceux qui sont devenus riches l’avaient acheté il y a 15 ou 20 ans, pas au moment où la fièvre médiatique battait son plein.

    L’or, c’est pareil. La dernière fois que l’opinion dominante clamait qu’il fallait absolument acheter de l’or, c’était en 1980… juste avant un krach monumental où les prix ont chuté pendant 20 ans, mettant 25 ans de plus à retrouver leur niveau en tenant compte de l’inflation.

    bitcoin

    Aujourd’hui, le scénario semble se répéter : en 2025 l’or a atteint une performance historique (+38 % sur l’année) et des légendes de Wall Street n’ont cessé de marteler le message “achetez de l’or”. Mais plus l’euphorie est grande, plus le retournement potentiel l’est aussi. Quand la foule crie « achat ! », l’investisseur contrarian entend « danger ».

    L’illusion de liquidité de l’or physique

    Un principe fondamental de tout vrai investissement est la liquidité : pouvoir acheter et surtout revendre facilement un actif, à un prix proche du marché.

    Or, contrairement aux actions ou obligations qu’on écoule en un clic en Bourse, l’or physique est loin d’être un actif parfaitement liquide. Le marché de l’or fonctionne de gré à gré, sans place d’échange centrale, ce qui veut dire que le prix affiché (le cours “spot”) n’est pas forcément le prix que vous obtiendrez effectivement lors d’une vente. Il existe un écart appelé prime ou marge : c’est la différence entre la valeur du métal fin contenu dans votre pièce/lingot et son prix négocié sur le marché.

    En pratique, vous paierez souvent un surcoût à l’achat (prime positive) et subirez une décote à la revente, au bénéfice du négociant.

    lingot or

    Par exemple, un lingot contenant 100 € d’or pur peut très bien vous être vendu 130 € (30 € de prime), et inversement racheté en dessous du cours.

    Ce spread rémunère le vendeur et la liquidité qu’il offre, et signifie que le petit investisseur subit une perte instantanée s’il doit revendre rapidement. En temps normal, les marchés financiers offrent une liquidité bien supérieure à celle de l’or physique (hors situation de panique ou crash global). Accepter l’illiquidité n’est pas forcément un tort en soi, mais encore faut-il que la prime compense ce handicap – ce qui n’est pas le cas ici, bien au contraire.

    Gardez en tête que posséder de l’or ne vous enrichit que le jour où vous parvenez à le revendre dans de bonnes conditions… et ce jour-là, il faudra trouver preneur.

    À qui profite le conseil ? Gare aux vendeurs d’or chargés

    Autre question salutaire : qui vous incite à acheter de l’or en ce moment ? À part les prophètes de l’apocalypse monétaire et les complotistes en tout genre, beaucoup de recommandations viennent de sociétés ou d’« experts »… qui sont elles-mêmes déjà massivement investies en or, avec des stocks à écouler. Leur objectif n’est pas un mystère : appliquer la règle de base des marchés, buy low, sell high – acheter bas, vendre haut. Et devinez qui est l’acheteur « haut » dans l’histoire ?

    Si vous achetez aujourd’hui au prix fort, proche des plus hauts historiques atteints par le métal jaune, vous faites exactement leur affaire. Vous leur offrez en échange ce qui a vraiment de la valeur pour eux : du cash sonnant et trébuchant. Avec l’argent liquide récolté, ces vendeurs pourront saisir de nouvelles opportunités dans 3, 6 ou 12 mois, quand les cours auront éventuellement corrigé… tandis que vous vous retrouverez avec vos beaux lingots qu’il faudra revendre (pas si simple, comme vu plus haut).

    En outre, jusqu’à récemment les taux d’intérêt sur l’épargne étaient quasi nuls ; détenir du cash qui ne rapporte rien n’était donc pas si pénalisant dans un portefeuille – ce qui enlève un argument aux partisans de l’or (dans un contexte de taux plus hauts, l’or souffre d’autant plus de ne pas verser de rendement).

    achetez de l'or maintenant !

    En somme, méfiez-vous des conseilleurs qui prêchent pour leur paroisse : beaucoup ont un intérêt direct à vous voir acheter l’actif qu’ils possèdent déjà en masse. Si tout le monde est ultra positif sur l’or et que même votre voisin ou taxi vous en parle, c’est sans doute que l’engouement a atteint un pic… et qu’il est prudent de ne pas suivre aveuglément.

    Le risque opérationnel : stocker de l’or, une galère bien réelle

    Admettons que vous ayez succombé et acheté de l’or physique (pièces ou lingots) : où et comment allez-vous le conserver ? C’est une question cruciale que les vendeurs d’or évoquent rarement en détail. Pourtant, la détention de métal précieux est contraignante et génère des risques bien concrets.

    stocker de l'or

    D’abord, en quantité significative, c’est lourd et encombrant : quelques kilos d’or à la maison ne tiennent peut-être pas autant de place que des lingots de plomb, mais ils nécessitent une cachette ou un coffre domestique béton.

    Conserver chez soi comporte le risque de vol (cambriolages en hausse de +45 % en France depuis 2008) et même de séquestration : exhiber ou ébruiter la présence d’or chez vous pourrait attirer de très mauvaises intentions.

    Si vous enfouissez vos pièces au fond du jardin façon pirate, attention à ne pas être le seul à connaître la cachette (sous peine de trésor perdu si malheur vous arrive) ni à trop les manipuler – une vraie monnaie de collection en or (comme un aureus) rayée ou abîmée perd sa prime numismatique et ne vaudra plus que son poids en or….et là c’est une sacrée perte.

    Vous pensez alors aux coffres de banque ? Mauvaise nouvelle : les coffres bancaires sont de plus en plus rares, coûteux, et loin d’être anonymes. Depuis 2021, la loi oblige les banques françaises à déclarer aux autorités fiscales l’identité des titulaires de coffres. En cas de contrôle, le fisc pourra s’assurer que le contenu de votre coffre correspond bien à des avoirs déclarés. Oubliez donc l’idée d’y cacher du magot en toute discrétion… Par ailleurs, la banque n’assure généralement pas le contenu du coffre : ce sera à vous de souscrire une assurance spécifique et de scruter les clauses d’exclusion. Or bien souvent, surprise : la détention d’or d’investissement n’est pas couverte par les contrats multirisques habitation classiques. Certains assurés cambriolés ont même eu la double peine de voir l’indemnisation d’autres objets refusée, l’assureur estimant que la présence d’or non déclaré avait fait venir les voleurs.

    Quant aux sociétés de gardiennage privées, elles offrent des solutions (coffres loués, stockage mutualisé), mais évidemment payantes et impliquant de faire confiance à un tiers… ce que les fans d’or aimant détenir leur richesse « en main propre » veulent souvent éviter.

    Conclusion : ne sous-estimez pas le casse-tête logistique et sécuritaire lié à l’or physique. Entre le coffre à trouver, la clé à ne pas perdre, l’assurance à négocier et le sommeil perdu à imaginer qu’on vous le dérobe, ces coûts cachés doivent être pris en compte dans votre décision d’investissement.

    Le risque fiscal et réglementaire : l’État, ce « braqueur » potentiel

    Connaissez-vous le concept du « pistolet braqué sur la tempe » par le fisc ? L’histoire nous enseigne que la détention d’or privé peut être restreinte ou taxée arbitrairement par les États en difficulté.

    Des exemples ?

    Aux États-Unis, en 1933, le président Roosevelt a tout simplement déclaré illégale la possession d’or par les particuliers (au-delà d’une modeste quantité) et ordonné la confiscation/rachat forcé de l’or à un prix fixé par le Trésor (Executive Order 6102). Les citoyens américains ont dû livrer leurs pièces et lingots sous peine de 10 ans de prison, et ce n’est qu’en 1975 que le droit de posséder de l’or a été pleinement rétabli.

    En Italie fasciste, le 18 décembre 1935, Mussolini a organisé la collecte de tout l’or détenu par les citoyens (« Oro alla Patria » – de l’or pour la patrie) via un décret exécutif.

    taxes sur l'or

    Et en France, croyez-le ou non, la détention d’or a été temporairement interdite à la fin des années 1936–1937 : le gouvernement Blum, par le décret du 1ᵉʳ octobre 1936, a interdit le commerce de l’or et requis la cession des avoirs en or de plus de 200 grammes à la Banque de France (seulement 87 tonnes ont été récupérées), puis un décret du 17 février 1937 a assimilé la possession d’or à de la contrebande.

    Certes, face à l’échec et aux protestations, ces mesures ont été annulées dès mars 1937, mais l’épisode prouve que même en France, l’or des citoyens peut être ciblé en cas de crise aiguë.

    La leçon de tout cela ? Timeo Danaos… et méfions-nous de penser que « ça ne pourrait pas arriver de nos jours ».

    Un État en difficulté financière peut faire preuve d’une grande imagination fiscale. Si demain la situation l’exige, pourquoi ne pas augmenter drastiquement la taxe sur les plus-values de l’or, instaurer une taxation annuelle de détention, exiger une déclaration exhaustive de vos métaux précieux ou même interdire certaines transactions ?

    Ce ne sont pas des scénarios fantaisistes : plusieurs pays envisagent déjà des recensements des métaux détenus par les particuliers. Bien sûr, nul ne prédit que l’or sera à nouveau confisqué comme en 1933 – mais évacuer totalement cette hypothèse serait une faute.

    Investir, c’est aussi évaluer le pire cas possible. Et l’or a ce risque singulier d’être la cible directe de l’État en cas de désastre monétaire (puisqu’il représente une alternative à la monnaie officielle).

    En un mot, si vous achetez de l’or, gardez dans un coin de votre tête que le bras armé du fisc n’est jamais loin, surtout si les caisses publiques sont vides…

    Prix manipulés : une boîte noire incontrôlable

    Autre aspect trop peu discuté : la formation du prix de l’or est opaque et largement hors de portée de l’investisseur individuel. On vous dit que le cours reflète la loi de l’offre et la demande physiques – ce n’est que partiellement vrai.

    En réalité, l’or est l’un des marchés les plus complexes et influencés par les acteurs institutionnels. Banques centrales, grandes banques d’investissement, fonds souverains et hedge funds y mènent des opérations d’ampleur, parfois en coulisses (échanges de réserves, prêts d’or, produits dérivés, arbitrages massifs sur le COMEX…). Résultat : le cours de l’or peut bouger fortement sans aucune « raison » évidente du point de vue d’un particulier, ou à l’inverse stagner malgré des nouvelles a priori favorables.

    chute de l'or

    Par exemple, durant la décennie 2010, beaucoup voyaient l’or grimper indéfiniment après la crise de 2008. Un célèbre gestionnaire, John Paulson, devenu légendaire en pariant contre les subprimes en 2007, a ainsi pris de gigantesques positions long sur le gold… pour se faire vertement corriger ensuite. En 2013, son fonds spécialisé or a perdu 47 % de sa valeur en quelques mois lors du krach éclair du métal jaune, effaçant une bonne partie de sa fortune pourtant bâtie sur ses succès précédents.Même les « top guns » peuvent se faire piéger par le marché de l’or, qui n’est ni prévisible ni toujours rationnel.

    À l’inverse, les farouches gold bugs complotistes arrivent toujours à expliquer après coup ce qu’ils avaient “prédit” – quitte à subir des années de pertes latentes avant d’avoir (enfin) raison.

    En vérité, pour investir sur l’or (ou n’importe quel actif volatil), il faut définir son horizon de détention et sa tolérance à la douleur. Si vous achetez de l’or, demandez-vous : suis-je prêt à le voir plonger de -20 % ? -30 % ? pendant combien de temps ? Est-ce une assurance à très long terme pour moi, ou espère-je un gain rapide ?

    La réponse influencera votre jugement sur le fait d’avoir eu raison ou tort… car tout dépend du timing. Par exemple, si vous aviez acheté au sommet de 1980, vous n’auriez retrouvé votre mise (en termes réels) qu’au début des années 2000– un long purgatoire pendant lequel “avoir raison sur l’or” n’avait rien de réjouissant.

    Le prix de l’or peut stagner ou chuter bien plus longtemps que vous ne pouvez rester solvable ou patient, souvenez-vous en.

    Et contrairement à une entreprise dont on peut analyser les bilans, l’or ne produit rien : sa valorisation est essentiellement ce que le marché veut bien en payer à un instant « t ». Or ce marché est dominé par de gros intervenants aux motivations parfois non transparentes. En somme, l’individu subit le prix de l’or plus qu’il ne le maîtrise ; on est très loin du joli discours rassurant d’un investissement “sûr et prévisible”.

    Gardez la tête froide : méfiez-vous des mirages (et des gourous)

    Il serait fastidieux de détailler tous les acteurs peu scrupuleux qui gravitent autour du marché de l’or… et trop facile de tirer sur les ambulances. Disons simplement que bon nombre d’argumentaires pro-or qu’on voit passer ont un niveau proche de l’amibe (avec toutes mes excuses aux amibes pour la comparaison).

    Entre les vendeurs de peur qui vous promettent l’effondrement du système chaque mois, les influenceurs payés par des sites de vente d’or, ou les pseudo-experts qui recyclent des idées empruntées sans esprit critique, le vacarme médiatique autour de l’or tient parfois du cirque. Ne tombez pas dans le piège du “tout le monde le dit donc c’est vrai”.

    Comme pour tout placement, ne vous forcez pas à avoir une conviction si, au fond, vous n’en avez pas. Il vaut mieux admettre “je ne sais pas trop” que de se laisser convaincre aveuglément par un gourou de l’or ou par l’euphorie ambiante.

    Rappelez-vous que ceux qui crient le plus fort aujourd’hui seront souvent les premiers à dire “je vous l’avais bien dit” une fois la catastrophe passée, quelle qu’elle soit.

    slab monnaies or

    Enfin, un petit mot sur un mirage spécifique du milieu : la fabrication de primes artificielles.

    Certains ont trouvé le moyen de faire payer du vent aux investisseurs naïfs, via les slabs. Il s’agit de faire graduer et encapsuler des pièces très communes (par exemple des $20 américains en or) par des organismes type NGC ou PCGS, afin de les revendre très au-dessus de leur valeur en or sous prétexte d’une note de condition ou d’une prétendue rareté numismatique.

    Méfiance : un bel emballage en plastique ne transforme pas une pièce banale en trésor. Ne payez pas des primes délirantes pour ce genre de gadgets si vous ne maîtrisez pas le sujet – c’est souvent l’acheteur final qui se retrouve avec un bout de métal surcoté impossible à revendre au même prix.

    En résumé…

    …l’or s’impose comme le parfait exemple d’un autre adage boursier : « les marchés montent par l’escalier et descendent par l’ascenseur ». Autrement dit, des mois de hausse progressive peuvent s’effondrer en quelques jours de panique.

    Ce métal jaune fait rêver pour ses envolées, mais on oublie qu’il peut dévisser brutalement sans crier gare. Alors, si vous disposez d’un capital excédentaire et d’une furieuse envie de spéculer, posez-vous la question : n’y a-t-il pas mieux à faire que de succomber à la mode de l’or ? À vrai dire, si c’est l’adrénaline que vous cherchez, autant aller la chercher à Las Vegas – au moins là-bas, avec un peu de chance, une jolie créature (masquée) viendra vous tenir compagnie pendant que vous jouez… Ce sera toujours plus divertissant que de rester seul avec vos lingots sous le matelas en attendant le jour hypothétique où tout va s’effondrer sauf l’or.

    Loin de nous l’idée de nier la qualité de valeur refuge de l’or sur le (très) long terme, mais chaque chose en son temps : lorsqu’un actif fait la une des magazines et des pubs YouTube, le véritable cadeau est souvent pour ceux qui le vendent, pas pour ceux qui l’achètent. Timeo danaos et dona ferentes… Prenez garde aux Grecs (ou plutôt aux vendeurs d’or) qui vous apportent de trop beaux présents dorés.

    C•W
    Merci a Pierre P. pour la plupart des idées qui structurent l’article.

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    2 commentaires sur “Investir dans l’or en 2026 : mirage doré ou vraie valeur ?”

    1. Bonjour Cédric
      en phase totale avec votre analyse c’est ce que je viens de dire à mes ami(e)s et collègues collectionneurs et aussi à des personnes intéressées par ce métal.
      Ce dernier a finalement un tel attrait que je suis toujours surpris de voir que des gens vendent et achètent n’importe comment et se font malheureusement parfois avoir.
      Au plaisir
      Alain

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