Temps de lecture : 8 minutes
PRATIQUER > GLYPTIQUE
Sommaire
- Les anneaux sigillaires
- Les empreintes de sceau
- Les boîtes à sceau
- Les moulages modernes (XVIe – XIXe)
Le latin sigillo signifie “empreindre”. Il a désigné l’action d’apposer une empreinte, un signe, comme un cachet, mais aussi tout ce qui peut s’obtenir par estampage. C’est ainsi qu’on parle aujourd’hui de “céramique sigillée” quand elle est estampée de relief. Sigillum désignait donc le cachet, la marque uniface d’un sceau, mais également la statuette tirée d’un moule.
Le sigillator est donc un fabricant de cachet. Il diffère sans doute de celui qui réalise les intailles magiques, bien que leur technique se ressemble. Tout comme celle des graveurs de coins, et leurs domaines ne sont pas sans points communs.
On parle donc de “sigillographie” pour l’étude des sceaux, ou de “sphragistique” (du grec σφραγίς, sphragis “le sceau”). Mais cela concerne davantage les périodes médiévale et moderne.
La sigillographie, quand elle se penche sur l’Antiquité, ne s’intéresse pas qu’aux sceaux (les matrices), qui sont surtout du domaine de la glyptique, mais aussi à tous les témoignages matériels de cette pratique : les anneaux sigillaires, les empreintes conservées, antiques ou modernes, les objets qui s’y rapportent…
On va tourner autour du sceau.
Les anneaux sigillaires
Les intailles et camées étaient la plupart du temps réalisés pour être montés en bijoux. En particulier les intailles, sur des anneaux destinés à servir de sceau. On les appelle “anneaux sigillaires”.
Ils ont pu prendre des formes variées, dont Hélène Guiraud a établi des typologies permettant une chronologie. Elle les répartit en 4 types.
Le type 1 (a à c) est d’origine hellénistique et se trouve surtout de la fin du IVè av JC au Ier ap JC. Son volume est celui d’un parallélépipède étiré vers le haut, avec une hauteur plus importante que son diamètre extérieur, avec le plus souvent des intailles fortement bombées en cornaline, agate ou pâte de verre.
Le type 2 (a à f) est en forme de parallélépipède disposé horizontalement, et se trouve du Ier au IIIè siècle. Ce type possède des intailles en cornaline, nicolo, jaspe, pâte de verre.
Le type 3(a à g) est caractéristique du IIIè siècle, avec un profil anguleux et une épaule marquée. Les intailles sont le plus souvent ovales, en cornaline, nicolo, jaspe ou pâte de verre à plusieurs couches. On peut aussi trouver des cas de bague à double intailles.
Le type 4 (a à e) se trouve surtout à la fin du IIIè et au IVè siècles, et se prolonge au Haut-Moyen-Âge. L’anneau y est étroit et le chaton surélevé. Les intailles sont en pâte de verre ou en pierre de remploi .Les métaux employés varient selon la richesse du propriétaire : bronze, argent, or…
Ces anneaux personnels pouvaient permettre d’utiliser les intailles comme sceau. Certains sont célèbres grâce à des textes antiques, comme les sphinges, l’Alexandre ou son portrait utilisés par Auguste ; une grenouille par Mécène ; une tête de chien et une proue par Galba. Ou cet anulum sigilaricum d’Aurélien transmis à sa femme et sa fille sur son lit de mort.
Les empreintes de sceau (antiques)
Ces intailles étaient pressées contre une matière plastique, la cire ou l’argile, afin d’en prendre l’empreinte. La cire de l’Antiquité a évidemment disparu aujourd’hui, mais certains sceaux en argile nous sont parvenus, s’ils ont brûlé et été cuits.
Mais on reconnaît le plus souvent les petites gemmes ovales gravées d’un sujet à la mode, mythologique, pastoral, sacro-idyllique…
Il est cependant bien difficile de dater ces objets : entre la période hellénistique et l’antiquité tardive, rien ne ressemble plus à un sceau qu’un autre sceau. Surtout si on considère que des objets aussi chargés de valeur d’autorité ont pu se transmettre sur plusieurs générations.
Les boîtes à sceau
Les sceaux sont fragiles. L’argile cuite casse, l’argile crue s’effrite, la cire s’écrase. Aussi, pour garantir sa conservation, même quand le document scellé est transporté, on a inventé les boîtes à sceau.
On connaît de nombreux exemplaires qui ont en commun d’être en bronze, de forme souvent circulaire ou piriforme (mais pas que), avec un fond percé de trous. Ces trous permettaient le passage de liens qui fermaient le document. Dans la boîte, de l’argile ou de la cire prenait les liens et était marquée d’un sceau, que le couvercle venait protéger. On ne pouvait ouvrir le document (tablette de cire, papyrus…) qu’en détruisant le sceau.
On les trouve principalement à l’époque romaine, dans le monde occidental, qui semble avoir utilisé majoritairement de la cire.
Elles pouvaient être décorées de reliefs (ci dessous à gauche, boîte à sceau en bronze d’époque romaine figurant une victoire sur le couvercle, entre 80 et 150, 30x20mm), ou d’émaux colorés (ci-dessous à droite, boîte à sceau en bronze avec des restes d’émail bleu sur le couvercle, 1ère moitié du IIè siècle, 38x22mm)
Les moulages modernes (XVIe – XIXe)
Les gemmes antiques furent toujours très appréciées. Conservées souvent sur des reliquaires ou des trésors religieux au Moyen-Âge, on chercha à les collectionner dès la Renaissance
Mais les intailles et camées étant par nature uniques, on en vint à réaliser des copies pour compléter, voire constituer, des collections.
On utilisait principalement de la cire ou du plâtre pour obtenir un tirage, en positif, des intailles.
À la fin du XVIIIe siècle, l’Europe entière s’intéresse à l’Antiquité. Dès 1748, les fouilles de Pompéi sont organisées et les visiteurs célèbres s’y pressent. Winckelmann théorise le regard sur l’art grec et l’art romain, et les jeunes gens de bonne famille doivent faire leur “Grand Tour” qui passe par les sites archéologiques.
L’étude de l’antiquité se fait plus scientifique, et de grands savants à travers l’Europe échangent. Le commerce et la collection d’antiques fait aussi un bond considérable.
C’est à cette époque que se multiplient des moulages de monnaies, ou surtout d’intailles, pour que les “touristes” rapportent des souvenirs ou que les savants diffusent les grandes collections pour permettre leur étude.
On chercha donc à produire en grandes quantités des empreintes d’intailles. Pour ce faire, on utilisa du soufre. On huilait l’intaille, on préparait des parois en papier et on versait du soufre en fusion (112,8 °C).
Les détails y étaient précisément reproduits. On pouvait, à partir de ce premier tirage en positif, réaliser un moule en négatif duquel on obtenait de nombreux autres positifs à vendre. On les coulait teintés en noir ou en rouge, selon la mode du moment du “rouge pompéien”.
De grands ensembles étaient constitués, groupés par thèmes, souvent numérotés, et vendus.
La BnF conserve ainsi un ensemble de 1540 de ces moulages, réalisés vers 1760. Leur valeur scientifique est d’autant plus grande qu’ils sont accompagnés de la mention du sujet, de la matière de l’original et du lieu de conservation. Dès lors, de tels objets peuvent s’avérer très précieux pour les chercheurs.
Daniel Lippert constitue ainsi sa Dactyliothecae universalis (1755-1776), publication de 2000 empreintes qu’on pouvait acheter dans deux petits meubles.
On trouve donc, dans de nombreuses brocantes autant que les grandes collections publiques, des tirages en plâtre, souvent patinés, ou rouges et lisses, réalisés au soufre.
On les appelle parfois donc des “soufres”. Ils sont la plupart du temps cerclés de carton doré et inscrits à la main d’un numéro.
Ils sont en effet particulièrement lisibles, et permettent parfois de connaître des gemmes perdues. Mais ils n’ont pas fixé que des images antiques : certaines reproduisent des faux modernes, ou des créations de la Renaissance au XVIIIe siècle. Il est parfois difficile de dater l’image de tels moulages.
Ces objets modernes ont cependant plus d’une centaine d’années et sont de beaux témoignages de la glyptique et de son étude. Ils sont encore très bon marché et rendent encore les chefs-d’œuvre accessibles.
Malheureusement, ces objets sont le plus souvent aujourd’hui impossible à identifier : l’identification de l’original et sa localisation sont presque toujours inconnues.
À moins qu’on ne le voie comme un défi. Et si nous lancions une grande base de données pour tenter de réunir les informations à leur sujet ?
M.C.
Vous aimez nos articles?
Liens intéressants :
- Un sceau dans le temps, expo des Archives départementales de Dordogne
- les boîtes à sceaux du Musée Romain de Nyons
Origine des images
- bague à intaille, “Amymone” (de Clercq.2837)
- bague à intaille, “Jeune homme tenant un rameau et un bouquet” (Côte.bague.229)
- bague à intaille, “Amour chevauchant un hippocampe” (Côte.bague.3)
- bague à intaille mérovingienne, (reg.L.3930)
- Bucephalus Numismatic, Auction 15, Lot 1315
- Bucephalus Numismatic, Auction 15, Lot 1320
- Savoca Numismatik , 155th Blue Auction, Lot 2295
- “boîte à sceau” (bronze.1438)
- “Boîte de 1540 moulages en soufre rouge” (inv.55.719)
- empreinte d’intaille, 1775 / 1900 (4e quart XVIIIe s. ap. J.-C. ; 4e quart XIXe s. ap. J.-C.)
atelier de Rome(?), Gy 3655 , musée du Louvre

Encore un article fondamental !
L’Encyclopédie de la Numismatique est en route, vivement sa publication, comme au Siècle des Lumières !
Alors là, pour le coup, on fait deux pas de côté en parlant de glyptique et des objets autour de la glyptique. Mais j’aime bien l’idée d’une encyclopédie en constitution. Cédric en D’Alembert et moi en Diderot, et toute une équipe de spécialistes autour pour faire suite à Pline l’Ancien pour le bien de l’Humanité, c’est un peu mégalo, mais stimulant.