
La Guerre civile de 68-69, partie IIII : VITELLIUS
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PRATIQUER > LES MONNAIES RACONTENT L’HISTOIRE
L’année 69 ne laisse aucun répit à Rome. En quelques mois, quatre hommes se succèdent sur le trône impérial, et chacun laisse sa trace dans le monnayage de l’époque. Tout commence par la révolte de Vindex et Civilis, en Gaule et en Espagne — des monnaies sans portrait, sans nom, mais déjà chargées d’un message politique. Galba en profite pour s’imposer le premier, vieux gouverneur de Tarraconaise porté par les légions, avant d’être assassiné à son tour.
Lui succède Othon, dont le règne ne dure que quatre-vingt-quinze jours : à peine le temps de frapper quelques deniers et aurei avant d’être emporté par la guerre civile qu’il avait lui-même déclenchée. C’est alors qu’entre en scène le quatrième prétendant de cette année funeste : Aulus Vitellius, proclamé empereur par les légions de Germanie.
Des portraits peu flatteurs
Aulus Vitellius a 54 ans quand les armées des Germanies le proclament empereur, à sa grande surprise, le 2 janvier 69, à Cologne, pendant le règne d’Othon. Ses biographes insistent sur ses ambitions : boire et manger. Suétone, souvent mauvaise langue, rapporte qu’il frayait parmi les mignons de Tibère, qu’il se distingua auprès de Caligula pour ses qualités d’aurige et auprès de Claude comme grand joueur de dés. Un CV costaud !
Son grand-père maternel est Marcus Sextilius, magistrat monétaire. Aulus Vitellius, quant à lui, se distingue néanmoins en appartenant à deux collèges religieux simultanément, ce qui est assez rare.
Il est Frère Arvale ET Quindecemvir sacris faciundis, chargés, entre autres, des Livres Sybillins. Leur emblème est le trépied au dauphin, qu’ils conservent jusque chez eux, ce que des monnaies représentent avec la légende XV VIR SACR(is) FAC(iundis).

Certes, son père occupa des charges importantes sous Caligula et Claude, et lui-même fut consul en 48, sous Claude. Et on lui confia un proconsulat en Afrique et la charge d’intendant des travaux publics à Rome. Il profita de cette carrière pour remplir ses caisses (il aurait remplacé dans les temples l’or et l’argent par du cuivre et de l’étain). Il semblait si peu menaçant que Galba lui-même le nomma légat en Germanie, alors qu’il savait qu’avec une telle fonction on se retrouve souvent proclamé empereur par ses troupes. Aussi dans sa titulature fit-il figurer GERMANICVS.


Il se distingua par sa mollesse, sa prodigalité : la discipline devait bien se relâcher dans les légions du Rhin. Othon envoya une armée contre lui. Vitellius envoya la moitié de ses hommes affronter les troupes impériales. Et in absentia, le 14 avril, les Vitelliens anéantirent les Othoniens. Vitellius n’avait plus qu’à entrer dans Rome où le 19 avril le Sénat le reconnut.
Il passait pour glouton. Il aurait aimé un plat nommé ” “l’égide de Minerve, protectrice de la ville”. On y avait mêlé des foies de scares, des cervelles de faisans et de paons, des langues de flamants, des laitances de lamproies.” (Suétone, Vit. XIII). Ancêtre lointain de l’Oreiller de la Belle Aurore ? Ses portraits le montrent le cou épais, les joues bouffies, le nez fort. Avec cet air de bonhommie bien-vivante, il ressemble plus à tonton Jean-Michel qu’à Jules César.
Des types caractéristiques d’une année de guerre civile
Comme tous ces empereurs des temps de guerre civile, arrivé avec le CONSENSVS EXERCITVM (“le soutien des armées”), ils prétendent agir pour la paix et le bien commun. Il ont besoin des soldats, auxquels ils s’associent, comme avec le type FIDES MILITVM avec la dextrarum junctio.


Ils célèbrent leur victoire, mais aussi leur clémence. Ils apportent la Libertas Restituta, et la Concordia. Le discours est convenu et stéréotypé.

Il se présente même en sauveur des citoyens, avec la couronne civique de chêne et la légende OB C(ivites) S(ervatos), (“pour les citoyens sauvés”) ; On célèbre le retour des anciennes valeurs, comme Honos et Virtus et l’autel de la Paix et la Providence divine est reconvoqué, comme à l’époque d’Auguste.

Une tentative vaine d’ancrage à Rome et dans le temps
Vitellius frappa d’abord en Espagne et en Gaule (Lyon ?), puis également à Rome, où il chercha à s’installer dans la durée. En plus des mentions SPQR et des sacerdoces locaux de l’empereur (XV VIR et Pontifex Maximus) Vitellius évoque le Peuple Romain, Vesta et reprend le terme archaïque de Quirites pour désigner les Romains, ainsi que Jupiter. En particulier Jupiter Capitolin (I(uppiter) O(ptimus) MAX(imus) CAPITOLINVS), ainsi que et Vesta, présentée comme VESTA P(opuli) R(omani) QVIRITVM (“Vesta du peuple romain des Quirites”). On y utilise le terme archaïque de Quirites pour désigner les Romains en temps de paix. Toutes ces mentions sont fortement ancrées dans la topographie de la Ville, et on fait souvent référence au P(opulus) R(omanus).



Aulus Vitellius a célébré la mémoire de son défunt père, Lucius Vitellius, mort en 51.
Il avait été trois fois consul (34, 43, 47) et censeur avec Claude en 47 (fonction qui n’avait pas été utilisée depuis de nombreuses années) avant de tomber en disgrâce. Son fils frappa des monnaies le commémorant. On y montre le père avec le scipio de consul et on rappelle ses trois consulats et sa censure.

Montrant des titres de son ascendant, il a aussi cherché à préparer la succession de ses descendants : des aurei et des deniers figurent au revers les bustes affrontés de son fils et de sa fille avec la légende LIBERI IMP GERMAN (AVG) (“les enfants de l’empereur Germanicus auguste”).
Toute cette Pietas, piété familiale, devait l’ancrer dans le temps long.

Malheureusement, Vespasien fut proclamé empereur par ses troupes en Égypte le 1er juillet. Et le préfet de la Ville, était Titus Flavius Sabinus, frère de Vespasien. Des heurts entre partisans de Vitellius et partisans de Vespasien rassemblés derrière Sabinus enflamment Rome, et le Capitole brûle. Le temple de Jupiter, tant célébré par Vitellius, est réduit en cendres.
Sentant le vent tourner, Vitellius aurait tenté de démissionner. En vain. Il finit assassiné, avec son frère et son fils. Suétone le disait cruel et digne successeur de Néron. Une prophétie viennoise disait qu’il périrait des mains d’un Gaulois. Son assassin fut Antonius Primus, dit Beccus, “bec-de-coq”, natif de Tolosa (Toulouse). Gallus, le coq, le Gaulois.
Le 22 décembre, Vitellius mourait donc. Lapidé, trainé par un croc de boucher sur l’escalier des Gémonies, jeté dans le Tibre. La période était violente. Il n’y a pas loin du Capitole à la Roche Tarpéienne. Néron était mort depuis un an et demi, Vindex s’était révolté, Galba, Othon et Vitellius s’étaient succédé et seulement maintenant arrivait un empereur destiné à rester : Vespasien.
Maxime Cambreling
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