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On dit souvent que César aurait été assassiné à cause de sa position quasi-royale, trop éloignée de l’idée républicaine.
Cependant, un examen attentif de ses monnaies apporte un tout autre éclairage : les raisons semblent plus religieuses que politiques. Une foi personnelle aura causé sa perte et ses successeurs chercheront à passer sous silence pendant des siècles ses idées révolutionnaires.
Sommaire
Des symboles d’abord discrets
Sur le denier RRC 443/1, de -48/-49, le revers témoigne de l’importance de la religion pour César : les instruments sacerdotaux montrent comme César prend son rôle de pontife au sérieux.
L’avers, quant à lui, figure un éléphant écrasant un serpent cornu (nous y reviendrons), symbolisant le Mal terrassé par le Bien.

Le denier 450/2, frappé par un partisan de César, confirme en -48 l’importance de la foi du dictateur : l’avers figure Pietas (la Piété) et le revers montre, avec la dextrarum junctio, le geste de paix que cette religion prône.

Ces premières allusions sont discrètes, voire cryptées, mais on comprend mieux le revers du denier RRC 458/1 où Énée porte Anchise et le Palladium : il s’agit de montrer le Père (Anchise), le Fils (Énée) et le Saint Esprit (le Palladium, descendu du Ciel) réunis en Trinité.
Car oui : César était chrétien ! D’un christianisme qui lie la Trinité à la gens Julia (d’où la référence à Venus à l’avers et Énée au revers).

Le signe de la croix
Dès lors, on comprend mieux que le motif de la croix s’impose progressivement sur les monnaies césariennes. D’abord discrètement, sur le RRC 450/1, (du même partisan que supra) : il pourrait s’agir de n’importe quelle croix, mais les instruments croisés deviennent de plus en plus fréquents. On retrouve la même disposition, avec des symboles supplémentaires, sur le RRC 480/6 : faisceau et caducée en croix symbolisent le pouvoir terrestre et spirituel, les mains jointes la Paix, la globe le pouvoir universel.


Mais rapidement, de façon plus ou moins cryptée (il savait qu’il fallait rester discret), on reconnaît la croix chrétienne, bien avant les chrismes du IVè siècle : des trophées d’armes, frontaux, ressemblent furieusement au symbole des adeptes du Christ, comme sur les aurei 452/1 et les deniers 452/3. On pourrait dès lors proposer, pour cette figure féminine non-identifiée de l’avers, de voir un portrait de la Vierge Marie, puisqu’elle porte un voile.


Plus tard, vers -46/-45, le message se fait plus explicite : sur le denier RRC 468/1, le trophée du revers ne cache plus guère sa nature de croix, et les « captifs » au pied peuvent être lus comme les deux larrons, dont l’un, le Bon, se tourne vers le Christ.

Les références au supplice du Messie chrétien deviennent ensuite plus explicites : le denier RRC 464/2 (en -46) ne figure ni les instruments de la frappe monétaire, ni ceux de Vulcain, mais ceux de la Passion : pince et marteau pour clouer Jésus sur sa croix, et surtout, couronne d’épines (et non de lauriers comme on l’a souvent dit). Elle se trouve même répétée autour du motif, preuve de son importance.

Le denier RRC 480/19 voit son revers, unique dans la numismatique romaine, enfin expliqué : la croix chrétienne est devenue abstraite, faite du Verbe seul.

Les références à l’Apocalypse
Jules César diffuse même, avec ses monnaies, des références nombreuses à l’Apocalypse, telle que la prophétise Saint Jean.

Le revers du denier RRC 480/7 peut ainsi être rapproché du verset 4:4 de l’Apocalypse : « Et voici, il y avait un trône dans le ciel, et sur ce trône quelqu’un était assis. » Ce trône est celui de Venus, ancêtre de la gens Julia, lien entre César et le dieu chrétien, comme sur le denier à la Trinité (RRC 458/1).
Le denier RRC 454/1 peut être rapproché du verset 8:2 « Et il sortit un autre cheval qui était roux ; et celui qui le montait reçut le pouvoir de bannir la paix de la terre, et de faire que les hommes se tuassent les uns les autres ; et on lui donna une grande épée. » On y voit un cavalier trainer un captif armé d’une épée : il s’agit du Cavalier de la Guerre.

On sait comme César a fondé sa puissance sur la guerre, et il se voyait sans doute comme un de ces annonciateurs du Jugement Dernier. L’avers rappelle d’ailleurs sa Fides, sa Foi.
Le denier RRC 463/1 fait peut-être référence à une autre figure de l’Apocalypse, mentionnée par le verset 6:5-6 « [elle] tenait une balance dans sa main. Et j’entendis au milieu des quatre êtres vivants une voix qui disait: Une mesure de blé pour un denier, et trois mesures d’orge pour un denier; mais ne fais point de mal à l’huile et au vin.« .

La référence à la monnaie, et en particulier au denier, n’est pas hasard. Il s’agit de la Famine et du Manque, dont Rome souffrait souvent à cette époque (Cicéron fait ainsi régulièrement référence au manque de monnaie et de denrée dans le contexte de guerre civile).
Dans un cadre chrétien, on peut dès lors interpréter différemment l’avers : les Dioscures seraient une référence à la double nature (divine et humaine) du Christ comme Castor et Pollux sont à la fois mortels et immortels.
L’inscription CORDIVS, associée à la présence de la balance, au revers peut aussi être une allusion à la pesée des âmes telle que la mentionne Job (31:6) » Que Dieu me pèse dans des balances justes ! « .
Enfin, tout le long du monnayage de l’époque césarienne, on trouve de nombreuses références au Tétramorphe, comme le décrit l’Apocalypse (4:7) : » Le premier être vivant est semblable à un lion, le second être vivant est semblable à un veau, le troisième être vivant a la face d’un homme, et le quatrième être vivant est semblable à un aigle qui vole. «
On trouve ainsi le veau (ainsi que la référence au sacrifice des débuts de l’Évangile de Luc) sur le sesterce d’argent 455/4, l’aigle (ainsi qu’une tête radiée qui pourrait être le Christ en couronne d’épines à l’avers, avec encore la mention de CORDIVS) sur le quinaire 463/4, l’homme ailé sur le sesterce d’argent 463/5.



On trouve aussi le lion sur le sesterce 464/7. Ce sesterce a, en outre, choisi de représenter ce lion avec l’iconographie du Lion de Juda, symbole christique.
Ces émissions de petits modules d’argent en -47/-46 semblent très cohérentes et dédiées au message crypto-chrétien de César.

Ces références à l’Apocalypse explicitent le projet de César. En grec, ἀποκάλυψις (apokálupsis) signifie le dévoilement : le dictateur voulait présenter au monde la religion chrétienne. Seulement, il a utilisé, comme le fera le Moyen-Âge, des images et des symboles pour diffuser des idées qu’il voulait garder secrètes. Et il a répandu ces messages cryptés partout dans le monde romain grâce au vecteur formidable qu’est la monnaie.
Mais Jules César a été assassiné pour avoir été trop en avance sur son temps. Il était en effet tellement précurseur qu’il a réussi à être chrétien avant même la naissance du Christ.
Dès lors, sans doute faut-il lire autrement le premier symbole paléo-chrétien « ἸΧΘΥΣ », acronyme habituellement lu comme « Ἰησοῦς Χριστὸς Θεοῦ Υἱός, Σωτήρ » (Iēsoûs Khristòs Theoû Huiòs Sōtḗr , Jésus Christ, Fils de Dieu, Sauveur). Il fallait sans doute restituer à l’origine Ἰούλιος (Ioulios) Χαίσαρας (Chaisaras) Θεοῦ Υἱός, Σωτήρ (Jules Chésar, fils de Dieu, Sauveur).

Cet acronyme forme le mot ἸΧΘΥΣ (Ichthys) signifiant « poisson ». Ce symbole fut donc logiquement adopté par le parti césaro-chrétien, qui le latinisa en piscis aprilis.
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Origine des illustrations
- Leu Numismatik, Web Auction 13, Lot 1106
- Leu Numismatik, Web Auction 26, Lot 3806
- Leu Numismatik, Web Auction 25, Lot 1939
- Leu Numismatik, Auction 8, Lot 268
- Roma Numismatics Limited, Auction 20, Lot 456
- Gemini, Auction X, Lot 193
- Numismatica Ars Classica, Auction 63, Lot 356
- Leu Numismatik, Web Auction 28, Lot 3178
- Numismatik Naumann (formerly Gitbud & Naumann), Auction 96, Lot 527
- Auktionen Münzhandlung Sonntag, Auction 40, Lot 61
- Gemini, Auction X, Lot 272
- Leu Numismatik, Web Auction 25, Lot 1853
- Auktionshaus Christoph Gärtner, Auction 51, Lot 1013
- Sesterce, Roma Numismatics Limited, Auction 16, Lot 591
- Quinaire, Roma Numismatics Limited, Auction 25, Lot 711
- Sesterce, Heritage Auctions, Auction 271920, Lot 40086
- sesterce, Roma Numismatics Limited, Auction 14, Lot 517
- Relief au poisson d’Ermant, Louvre, MNC 1418 ; Ma 3034

salut encore un super article très passionnant et quel travail. bravo
César chrétien près d’un demi siècle avant la naissance du christ !! il fallait l’oser
Bonne journée du 1er Avril – jour du poisson bien sur !!
François
César a toujours été très en avance sur son temps. 😉
Très bon travail, scientifique et symbolique et on se laisse embarquer jusqu’au bout. pour ma part, il m’a fallu quelques minutes pour prendre conscience de la supercherie ! Bravo
Vous m’en voyez ravi. 😉
Excellent ce « priscis aprilis » 😂
Excellent! Bravo pour cet angle d’approche qui est plutôt jouissif…
N’ayant pas remarqué la date d’aujourd’hui en lisant l’article, je me suis dit: “pauvre homme, il a perdu la boule…”.
En l’écrivant, j’ai parfois eu cette impression aussi.
Bonjour ,
Et les deniers du maléfique BRVTVS , laissent en contrepoint des monnaies paléo- chrétiennes de César , apparaître au grand jour sa nature satanique ( ta mère….) dans toute son arrogance blasphématoire…….🤣🤣🤣
Très très bel article pastiche , très bien rédigé, pour ce 1 avril 2025 ……!!!!👍👍👍
Merci !
Tu as oublié de citer une phrase importante de la Bible : « ne fais pas aux truites ce que tu ne voudrais pas qu’on te fit ». Très prémonitoire dans ce cas de figure (mais saumons nous un jour la vérité ?)
J’ai dû couper. J’avais pensé aussi à « il faut rendre à César… » et aux deniers de Judas, mais c’était déjà très long.
Bon au premier abord,loin des blagues traditionnelles du 1avril ,hum l’histoire est un peu curieuxe,un nouveau BLACK ET MORTIMER,LA MALECICTION DES TRENTE DENIERS !Bravo a vous pour ce piège inattendue, sublimes monnaies!
Merci. J’ai pensé au Blake et Mortimer aussi. J’avais matière à développer, c’est sûr. Mais au risque de finir par ennuyer. Les plaisanteries les plus courtes… Notre idée n’était pas de faire un piège mais un clin d’œil. J’espère que personne ne le prendra au premier degré.
Vraiment un travail très poussé et franchement intéressant … Même si la belle conclusion met fin à la belle histoire, c’est vraiment très bon … Bravo et merci !
Tu aurais aimé que ce soit vrai ?
Felicitations, vous avez découvert le secret millénaire que le Prieuré de Sion a tenté de cacher… Vous avez cependant oublié que sur le denier RRC443/1 figure non pas un Simpulum mais bien l’authentique Graal…
Le détail m’avait échappé. Je prépare une mise à jour (pour l’année prochaine).