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Savoir éviter les 3 erreurs du débutant en numismatique

    buste de Lucius verus

    Temps de lecture : 12 mn


    DÉBUTER > GUIDES D’ACHAT

    C’est en se trompant qu’on apprend. Cela arrive à tout le monde et est arrivé aux meilleurs numismates et numismatistes. Mais si Errare humanum est, perseverare diabolicum. Il faut savoir comprendre ses erreurs pour ne pas les reproduire.

    La première erreur est de trop se fier à internet (le meilleur et le pire des outils !) ou de ne se fier qu’à lui : entre les négligents, les malhonnêtes et les quiproquos, il faut diversifier ses sources et vérifier ses informations. La deuxième est de ne pas comprendre le marché numismatique et ne pas avoir une idée réaliste de la valeur marchande d’une monnaie. La troisième est de nettoyer ses monnaies, ou du moins de ne pas les nettoyer sans le minimum de prudence requis.

    Sommaire

    1. Erreur #1 : ne se baser que sur internet
    2. Erreur #2 : ignorer comment sont établis les prix des monnaies
    3. Erreur #3 : nettoyer ses monnaies

    Erreur #1 : ne se baser que sur internet

    Lorsque l’on s’intéresse à la numismatique, Internet peut s’avérer être un outil pratique pour recueillir des informations plus ou moins précieuses sur les pièces de monnaie. Cependant, il est crucial de ne pas se limiter à cette seule source d’information, et ceci pour des tas de raisons !

    Les fakes

    Il faut garder à l’esprit que certains sites web comme, par exemple, les sites d’enchères, possèdent tout un tas d’utilisateurs malintentionnés qui cherchent délibérément à tromper les visiteurs.

    On peut prendre le fameux exemple des pièces de 2 € rares qui ne sont pas rares et pourtant affichés avec des prix de ventes faramineux. Pour se prémunir contre ce genre de fausses informations sur les prix, il existe le filtre de Zeus mais quel débutant aura entendu parler de cette astuce ?

    Dans la même veine, l’utilisation du mot « rare » à outrance dans la plupart des annonces porte à confusion pour les débutants et a pour finalité d’essayer d’augmenter le prix de vente final.

    Pour un autre article, je me suis amusé à faire des statistiques basées sur des annonces de ventes concernant 200 monnaies de Gallien sur E-bay (France) : 54 % étaient notées rares, aucune ne l’était, et une seule monnaie était rare parmi les 46 % restant.

    Si les informations peuvent être fausses, les pièces aussi : les contrefaçons sont courantes et, sur seulement une image, certaines peuvent être très difficiles à distinguer des pièces authentiques, même pour les numismates expérimentés. Les images en ligne peuvent ne pas fournir les informations nécessaires pour différencier les contrefaçons des pièces authentiques. Seule une expertise « en main » sera fiable à 100% (ou presque). Mais nous reparlerons de comment apprendre à reconnaitre les fausses monnaies modernes dans un autre article.

    Les « copier-coller »

    Ignorance ou fainéantise (souvent aussi cumul des deux, mais restons courtois), il n’est pas rare de voir des erreurs liées à une mauvaise compréhension de la source d’information d’origine.

    Il arrive fréquemment, par exemple, de lire sur un article de blog, sur une annonce de vente ou autre, une référence erronée qui est due à un copier-coller d’une autre annonce, qui était elle même un copier-coller d’une autre…

    Un cycle infernal qui relève presque de la magie quand, grâce à lui, on retrouve la référence d’une monnaie grecque frappé en -600 avant J.-C. dans la description d’une monnaie byzantine coulée en 870 à Cherson !

    La méthode Jean-Claude Dusse

    Dans mon précédent chapitre, j’ai abordé le sujet de l’utilisation abusive du terme « rare » dans les annonces numismatiques ayant pour finalité d’augmenter le prix de vente. Cependant, il est important de souligner qu’une telle erreur est également fréquemment commise par ignorance.

    Il est possible qu’un collectionneur novice ou peu expérimenté utilise des termes inappropriés pour décrire une pièce de monnaie, ce qui peut induire en erreur les autres collectionneurs ou les acheteurs potentiels.

    Il est ainsi courant de voir des vendeurs qualifier une pièce de monnaie de « rare » simplement parce qu’ils ne l’ont jamais vue auparavant, qu’il ne savent pas, qu’ils n’ont pas su chercher ses références ou alors qu’ils ont mal lu, bien qu’en réalité, cette pièce soit relativement commune.

    Il s’agit souvent de ce que j’appelle la méthode Jean-Claude Dusse : c’est qu’ils ne savent pas, mais « on sait jamais, sur un malentendu ça peut marcher« 

    Sur les 48 % des statistiques dont je parlais au dessus, quel est le pourcentage qui concerne des tromperies et celui qui est simplement dû à l’ignorance ? Il est impossible de préciser mais prions pour que la majorité ne soit pas dûe à une intention de tromper les autres collectionneurs.

    Si on peux regretter qu’il reste encore beaucoup de professionnels qui n’ont pas de bibliothèque digne de ce nom et usent et abusent de « copié-collé » pour la description de leurs annonces, gardez à l’esprit que, sur des plateformes de ventes aux enchères entre particuliers, la plupart des annonces sont faites par des collectionneurs qui débutent tout autant que vous !

    Les images infidèles

    Les images en ligne peuvent être trompeuses : elles peuvent ne pas être à l’échelle ou ne pas montrer l’échelle, ne pas représenter fidèlement la couleur ou la texture de la pièce de monnaie ou encore ne pas montrer les détails importants qui peuvent influer sur la qualité et donc la valeur d’une pièce.

    Comme par hasard, une partie très significative des ventes sur internet propose des images sur lesquelles les monnaies sont photographiées de loin.

    Sachant qu’un téléphone mobile de gamme moyenne peut prendre des photos avec une résolution allant de 12 à 20 mégapixels, qu’il dispose souvent d’un système autofocus rapide, d’un flash LED et de divers modes de prise de vue tels que le mode portrait, le mode nuit et le mode HDR pour améliorer la qualité des photos prises dans des conditions de faible luminosité ou de contre-jour…Cela serait-il dû à un problème matériel ou à autre chose ?

    Si par un malheureux hasard vous faites partie des vendeurs de bonne foi qui ne savent pas immortaliser leurs monnaies correctement sur disques durs, vous pouvez vous référer à mon tutoriel qui permet de savoir photographier ses monnaies comme un pro. avec du matériel plus que classique.

    En conclusion, l’utilisation d’Internet peut être utile pour obtenir des informations sur les pièces de monnaie, mais il est important de ne pas se fier uniquement à cette source d’information et de savoir la trier.

    Il est également important d’examiner soigneusement les pièces de monnaie en personne (avec du bon matériel numismatique si possible), plutôt que de se fier uniquement aux images en ligne.

    Enfin, les numismates doivent utiliser une variété de sources d’informations fiables : des livres numismatiques spécialisés, des catalogues de ventes aux enchères et des experts en la matière … timeo hominem unius libri.

    Erreur #2 : ignorer comment sont établis les prix des monnaies

    En numismatique, il est courant que les collectionneurs (et les investisseurs) se concentrent sur la valeur marchande des pièces plutôt que sur leur valeur historique ou esthétique. Cependant, une erreur courante est d’ignorer comment sont établis les prix des pièces de monnaie.

    Le basique : la qualité

    Lors de mon dernier salon à Besançon, un client est venu me voir et a immédiatement remarqué un superbe bronze de Marc Aurèle dans mon médailler. Il m’a alors fait remarquer qu’il possédait la même pièce, mais qu’il l’avait achetée à un prix beaucoup moins élevé et qu’il ne comprenait pas mon prix.

    Connaissant bien l’issue de la conversation, je lui ai expliqué que les prix en numismatique sont libres, et qu’il était donc tout à fait possible que qu’il ait pu acheter la même pièce à un prix différent mais je lui ai également précisé que je serais très intéressé de voir sa monnaie et lui ai demandé de m’envoyer une image par e-mail.

    Inutile donc ici de vous fournir une conclusion. Les images, à elles seules, suffisent à cela.

    Cette anecdote rappelle l’importance de comprendre que les prix varient considérablement en fonction de la qualité. La valeur des pièces de monnaie — qu’elles soient du même empereur, du même type, du même atelier, ou encore de la même année — est évaluée en grande partie en fonction de celle-ci, qui elle même varie considérablement en fonction de l’usure, des marques et de l’état de conservation.

    bannière du grading

    Vous retrouverez, dans l’article concernant le grading des monnaies antiques, tous les critères à prendre en compte pour mesurer la qualité de vos monnaies.

    La rareté

    Les prix varient en fonction de la rareté : les pièces de monnaie rares peuvent valoir beaucoup plus cher que les pièces courantes, parfois même si elles sont de qualité inférieure. Les numismates doivent donc être en mesure d’identifier les pièces rares et de comprendre comment la rareté est prise en compte dans l’établissement des prix.

    Pour illustrer mon propos, je vais reprendre la même anecdote que la précédente concernant le bronze de Marc Aurèle : hormis la qualité, si la monnaie de mon client semble être la même que celle de mon stock, elle ne l’est pas. En effet, sur ma monnaie un pan de draperie est présent sur l’épaule droite, variante qui la rend beaucoup plus rare.

    Passons à la suite, en espérant que les oreilles de mon client ne sifflent pas trop.

    Le marché

    Les prix varient en fonction du marché : comme pour tout investissement, les prix des pièces de monnaie vont fluctuer en fonction de l’offre et de la demande. Les numismates doivent donc être conscients des tendances du marché et être en mesure d’anticiper les fluctuations des prix.

    Comme je le note dans l’introduction de mon livre (éd. 2021) concernant l’émission « des figures debout » de Gallien à Rome :

    Si les prix étaient plus ou moins stables avant 2017 pour des qualités/raretés équivalentes, la fluctuation du marché est telle, dorénavant, qu’on a pu assister à des grandes ventes où une même monnaie, très rare, passait d’un prix ridiculement bas à un prix absurdement haut, et ceci en seulement quelques mois d’intervalle.

    Il est important aussi de préciser que le marché fluctue également en fonction des effets de mode : depuis quelques années les monnaies des légions ont le vent en poupe et même les monnaies très communes atteignent des prix beaucoup trop élevés par rapport à leur rareté.

    Il en va de même pour de denier à l’éléphant de Jules César plus que commun mais qui atteint des prix toujours très hauts et ceci même pour qualités médiocres.

    Le vendeur

    Les prix des pièces de monnaie peuvent varier en fonction de l’expertise et de la réputation du numismate qui évalue et/ou vend la monnaie. Par ailleurs, il est important de comprendre que ce n’est pas la monnaie elle-même qui fait son prix mais le fait d’avoir une clientèle susceptible d’acheter la monnaie.

    Par exemple j’ai vu très longtemps, sur le stand d’un collègue professionnel de Marseille, une superbe monnaie byzantine frappée à Carthage à un prix imbattable et qui pourtant restait invendue depuis plusieurs années. Je lui avais conseillé à l’époque de la poser en dépôt vente dans une grande boutique parisienne, ce qu’il a fait. Résultat : la monnaie a été vendue trois fois le prix demandé à l’origine en seulement quelques heures.

    Vous aurez compris que le problème ne venait donc pas de la monnaie en elle même mais de la capacité du vendeur à avoir des clients pour ce genre de monnaie. En effet, il est spécialisé dans les monnaies antiques de Marseille et n’avait aucun client pour des monnaies de Byzance.

    Erreur #3 : nettoyer ses monnaies

    L’erreur courante que de nombreux collectionneurs font en numismatique est de nettoyer leurs pièces de monnaie. Bien que cela puisse sembler être une pratique bénéfique quand on débute, cela est en fait très préjudiciable pour les pièces de monnaie : un nettoyage hasardeux peut affecter leur valeur historique, esthétique & donc marchande.

    Les numismates & collectionneurs attachent beaucoup d’importance à la patine et à la « ternissure » qui peuvent se former à la surface des pièces avec le temps. Malheureusement le nettoyage peut enlever cette patine qui est formée par une mince couche de corrosion de sulfure d’argent qui se forme à la surface de la pièce.

    [Bonus sur les patines : cette couche peut prendre une variété de couleurs allant du jaune et du rouge au bleu et au vert très foncé. Cette couleur de la patine est déterminée par l’épaisseur de la couche de corrosion : plus cette dernière est épaisse, plus la couleur sera foncée.]

    Le nettoyage peut aussi rayer ou endommager la surface des pièces de monnaie : la plupart d’entre elles est très sensibles aux rayures, aux égratignures et à d’autres formes de dommages de ce type.

    De plus, Il ne faut JAMAIS utiliser des solutions de trempage ou des nettoyants pour métaux pour essayer d’améliorer l’aspect de ses pièces de monnaie. Les solutions (bains) de trempage du commerce contiennent des acides qui peuvent entraîner une détérioration. La plupart des nettoyants pour métaux contiennent aussi souvent des abrasifs qui vont égratigner la surface de vos monnaies.

    Évitez aussi de badigeonner vos monnaies avec des produits hasardeux, comme le paraloid, pour éviter de les voir partir en poudre dans quelques années.

    Maximin, sesterce, métal d'origine visible et jolies concrétions.
    Maximin, sesterce, métal d’origine visible | jolies concrétions.
    Maximin, sesterce, début de nettoyage : vilain aspect
    Maximin, sesterce, avec début de nettoyage > vilain aspect
    Maximin, sesterce, monnaie décapée, aspect catastrophique
    Maximin, sesterce, monnaie décapée > aspect catastrophique

    Marche à suivre – sans risque – pour débutants

    • Laver la pièce de monnaie dans de l’eau distillée tiède, avec au pire du savon doux dilué et ses doigts,
    • rincer dans de l’eau distillée,
    • laisser la pièce sécher à l’air sur un essuie-tout.

    En général, pour toutes les taches nécessitant un nettoyage plus poussé, comme les corrosion importantes, il faut confier la tâche à un restaurateur professionnel. En effet, certaines altérations et maladies sont extrêmement complexes et on a généralement à faire à plusieurs altérations réunies. Il est extrêmement difficile d’atténuer les unes sans aggraver les autres.


    Vous voila enfin protégé et armé contre les 3 erreurs du débutant !

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    1 commentaire pour “Savoir éviter les 3 erreurs du débutant en numismatique”

    1. Bonsoir,

      Cédric…Tu as oublié de citer une 4 ème erreur gravissime …

      Penser pouvoir marier dans une même pratique , plaisir de la collection numismatique et investissement….

      Les plaisirs générés par une collection numismatique sont liés principalement à des facteurs subjectifs qui peuvent être multiples et propres à chacun : évocations historiques liees à la période et aux personnages , émotion face à l’interprétation artistique des gravures des bustes et/ou revers , plaisir de rechercher et découvrir les plus rares exemplaires qui viennent combler les trous d’une thématique, etc, etc ….
      Mais pour être franc , si ces sentiments peuvent nous combler par la force qu’ils exhalent dans notre fors intérieur, force est d’avouer qu’aucun d’eux n’est vraiment très logique ni commun , et à tel point que les profanes non collectionneurs même proches de nous , peuvent passer totalement à côté de ces sentiments et nous regarder un peu bizarrement dans ces moments…

      Au contraire, l’investissement est froid et terre à terre , ne tolère pas d’autre passion que d’être auto entretenu ni d’autre bonheur furtif que d’être accru , et ne peut tenir compte des critères subjectifs et sentimentalistes ….

      L’épreuve test de cette façon de voir les choses , c’est de tenter de revendre une monnaie, au moins au prix que l’on a pu l’acquérir, voire plus cher , et à moins de n’acheter que des monnaies rares et recherchées , en très bel état, avec un pédigrée solide et donc très chères, ou espérer dénicher à prix modeste et régulièrement , de belles raretés passées inaperçues (Lol …!!😁), On se rendra compte que le faire une fois pour une monnaie, c’est éventuellement possible, pour une collection complète, ça devient bien plus ardu , car le délai pour tout vendre peut alors diablement s’allonger , et les prix obtenus ne seront pas toujours à la hauteur souhaité, selon l’offre et la demande…(bien évidemment, il faut aussi toujours bien réfléchir comment et où toucher les meilleurs acheteurs potentiels…)

      Donc , la moralité, c’est d’éviter de vouloir mélanger ou associer ces 2 visions différentes, l’une passionnelle (et qui est celle que je vis depuis 50 ans…) , et l’autre très factuelle et terre à terre .

      La collection c’est une passion forte , durable et sentimentaliste , l’investissement n’est pas compatible avec cela ….!!!

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